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Blog-Grossesse

Notre carnet de grossesse

Céline et Arnaud

Accouchement prévu le 27 novembre 2012

J+4995

Depuis son arrivée

Depuis le temps qu'on l'attendait cette Cahuète



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Notre journal

Tous nos moments

De l’attente aux premières années, retrouvez ici les étapes et les souvenirs qui composent notre histoire.

Allez, vas-y, gigote Cahuète

Lors de mon premier rendez-vous, l'obstétricien n'a guère apprécié les talents de l'échographe qui a réalisé la première échographie - souvenez-vous , celle qui a traumatisé Arnaud- et a demandé à son collègue de la maternité de la refaire. Arnaud et moi avons donc eu le plaisir de revoir Cahuète seulement une semaine après notre première rencontre.
Bon, je dois dire que les premières secondes de l'échographie parurent des heures car Cahuète était en pleine sieste, et ne bougeait donc pas. Arnaud et moi étions comme momifiés, le regard pendu entre le médecin et l'écran de l'appareil, bien incapables de prononcer le moindre son.
- S'il ne dit rien c'est que tout va bien, pensais-je.
- S'il ne dit rien c'est que c'est inquiétant, pensais-je exactement en même temps.
Et les seconde continuaient de défiler, interminables.
Quelle libération ce fut lorsque Cahuète se décida à sortir des bras de Morphée, à coup de sonde enfoncée dans le bas-ventre. Non mais, oh, 17h30, c'est plus une heure pour la sieste !
Photo illustrant Allez, vas-y, gigote Cahuète

Mais tu ressembles déjà à quelque chose dis moi.

Le jour J était arrivé. C'était certain, on ne pouvait plus faire marche arrière, on allait voir aujourd'hui si cette petite tâche que l'on avait vue lors de l'échographie de datation avait bien évolué en quelque chose qui pourrait ressembler à un mini-être.
A peine avais-je mis les deux pieds sur le parquet que j'y pensais déjà. Et étrangement, pour une fois - comme quoi il ne faut désespérer de rien- je n'étais pas particulièrement angoissée. J'oserai même dire que je sentais que tout allait bien se passer. Par contre, je vous épargne la description d'Arnaud, qui lui a passé la journée à se réfugier derrière son i-phone de peur que je lui demande comment il se sentait.
Je ne sais pas comment est votre homme à vous, mais le mien est plutôt du style à souffrir d'un mutisme aigu soudain quand il se tracasse de quelque chose.
Et tout à coup, Cahuète est apparue à l'écran. Telle une star de cinéma, à enchaîner des poses plus diverses les unes que les autres.
D'un autre côté, heureusement qu'elle faisait son show parce que c'est pas l'échographe qui nous aurait déridé. Elle portait sur elle un espèce de masque d'antipathie qui ne poussait pas à la rigolade et enchaînait les prises de mesure de façon robotique sans explication aucune. C'est à peine si on l'a entendue parler lorsqu'elle nous a dit que tout allait bien.
Pour avoir rencontré plusieurs médecins de ce type dans ma carrière de lupique, elle ne m'a pas bouleversée pour un sou, mais mon Arnaud a été bien douché, lui qui s'inquiétait et qui attendait tellement cette première rencontre avec Cahuète.
Photo illustrant Mais tu ressembles déjà à quelque chose dis moi.

Il y a un petit coeur qui tambourine en moi

Quelle angoisse ce premier rendez-vous avec Cahuète.
Le test de grossesse était positif, la prise de sang l'avait bien confirmé : j'étais enceinte. Mais entre le lire et le réaliser, il y a un monde.

-Euh, quoi de neuf Docteur?
-Voici le petit embryon. Son ryhtme cardiaque est régulier. Vous être enceinte de 4 semaines.

On sort du centre d'examen avec une série de clichés échographiques à la main, qu'on tiendra fort comme un trophée jusqu'à la maison et qu'on ne cessera plus de regarder de la journée, comme pour se rassurer et bien ancrer dans sa tête qu'un petit être est en train de se former en soi.


Photo illustrant Il y a un petit coeur qui tambourine en moi

Mais qui sommes-nous donc?




Moi , c'est Céline. J'ai 30 ans, je suis professeur des écoles. J'adore les vide-greniers et les bonbons qui piquent.
Lui, c'est Arnaud. Il a 31 ans, il est ingénieur. Il aime le rugby et le fromage qui pue.
Nous, ça fait 10 ans qu'on existe. On aime les jeux de société et les séries qui rendent accros.

Premier RDV avec le Professeur T.


Ce jour-là avait lieu mon premier rendez-vous avec l'obstétricien, le Professeur T. à la maternité. Ce dernier m'avait été présenté comme un spécialiste des grossesses lupiques. Ca ne rigolait plus.
Comme souvent depuis le début de la grossesse, je me suis levée mi-figue mi-raisin. J'étais complètement partagée entre un sentiment de hâte et une grosse appréhension. Mes nausées avaient pour ainsi dire levé l'ancre, mes chutes de tension n'étaient plus qu'un mauvais souvenir et mon ventre ne se décidait toujours pas à se montrer. Autant dire qu'à part la fatigue et les douleurs aux seins, mon locataire depuis 10 semaines me faisait la vie belle. Et bien évidement, au lieu de me réjouir d'une grossesse sans trop de nuages, je me demandais si ce dernier n'était pas parti sans laisser d'adresse.
Ma rencontre avec The Famous Mister T. fut brève, et sans grand réconfort. Une fois de plus, je me suis vue répondre à un questionnaire à rallonge sur l'historique de ma maladie. J'ai encore l'impression de passer un grand oral, et pour ne pas me planter, je visualise sur le bureau une espèce de frise chronologique imaginaire afin de ne rien oublier. Punaise, j'aurais dû planquer des antisèches dans ma manche de T.shirt.
Ce professeur n'avait pourtant rien d'exceptionnel physiquement, je veux dire, rien de bien impressionnant, mais je ne voyais plus que ses grosses lunettes noires des plus à la mode. Oui, on peut dire que le Professeur T. est du style fashion malgré sa blouse blanche. Le genre de gars qui pourrait à l'aise postuler pour un rôle dans Urgence et faire craquer toutes les infirmières du service.
J'étais tellement peu à mon aise face à lui que ma tension s'est envolée lorsqu'il l'a contrôlée. Pas que je fus troublée par son apparence, mais j'étais plutôt une fois de plus désespérée que l'on ne focalise l'attention que sur moi, et aucunement sur ce petit être en devenir que je porte en moi.
- mmmm, c'est pas terrible ça. Il faudra surveiller.
Et voilà comment pour la énième fois, j'ai eu l'impression de ressortir d'un examen médical avec une mauvaise note.

Y'a quelqu'un là-dedans?

Une fois la joie de la découverte passée, les premières semaines de grossesse ont un goût étrange. On voudrait continuer de se réjouir et savourer cette bonne nouvelle jusqu'au bout des neuf mois, mais on est vite rattrapé par divers sentiments qui nous envahissent et contre lesquels j'ai parfois du mal à lutter.

Le doute s'est d'abord rapidement installé en moi quant à mes capacités à mettre au monde un enfant en bonne santé, n'ayant pas été gâtée par Dame Nature dans le domaine. Je pense que ce doute sera présent jusqu'au bout, il s'incrustera certainement à chaque échographie et s'invitera sans aucun doute à l'accouchement. Il va falloir que j'apprenne à vivre avec.


A part cette crainte, les premières semaines de grossesse se sont passées sans encombre jusqu'aux premières nausées. Les premiers vertiges et la fatigue se sont rapidement mis à les accompagner.
Il est enfin là ce deuxième mois de grossesse! Ces quelques semaines tant redoutées et pourtant tant attendues. Elles sont la preuve que tout se déroule normalement, que des changements ont bien lieu à l'intérieur de nous. La tête au-dessus de la cuvette des toilettes tous les matins, on pourrait rêver mieux au réveil, et pourtant on ne se plaint pas. C'est signe que tout va bien, et je n'irai pas jusqu'à dire qu'on en redemande, mais presque. Parce que le jour où les nausées s'arrêtent, on se demande si tout est normal.
Et c'est alors qu'une une autre crainte arrive au galop. Celle de voir sa grossesse s'arrêter. Si je n'ai plus de nausées, ne serait-ce pas parce que plus rien ne se passe, plus rien ne change? Et même si d'autres phénomènes débarquent et nous laissent croire que finalement les choses continuent d'évoluer, mais d'une autre manière, on ne peut s'empêcher de se demander si tout se passe bien.

Alors ces derniers jours quand ça tire un peu sur les côtés de mon bas ventre, quand je le sens se durcir, je le caresse et je m'interroge et je le questionne.
- Hey, oh, y'a bien quelqu'un là-dedans?
- Dis, quand vas-tu grossir un peu?
Bien évidemment que personne ne me répond, mais ça m'apaise.

Qu'est-ce qu'on mange ce soir?

- Qu'est-ce que tu veux manger ce soir?, me demanda avec appréhension mon petit mari.


Il y va avec des pincettes le pauvre. Il marche comme sur des oeufs. C'est qu'il sait très bien que le seul fait de prononcer le nom d'un aliment que je n'avais pas moi-même déjà envisagé dans ma tête peut ruiner le dîner.
Le problème est que depuis deux à trois semaines, la liste des aliments avec lesquels je m'autorise à flirter est réduite comme peau de chagrin. Je manque sérieusement d'appétit, et cela n'a pas l'air de vouloir s'arranger.
- Tu me chaufferais bien une petite soupe, non? , lui répondis-je timidement.

Du haut de son mètre quatre-vingt et fort de ses 82 kilogrammes -de muscles bien évidement- , vous comprendrez bien que l'idée de la soupe (encore une soupe) était loin de le faire saliver. Mais il s'accroche, figurez-vous. Il me les chauffe, mes soupes. Et il les mange! Oui, il les mange, remerciant quotidiennement un petit bon dieu quelque part dans des sphères supérieures d'avoir inventé le saucisson, le fromage et la baguette.

Pour couronner le tout et ne rien arranger à mon manque d'appétit, une petite poussée de lupus a pointé le bout de son nez. Il ne faudrait pas croire qu'il dort celui-là. Action-réaction, me voilà ma dose de cortisone doublée, et le sel et le sucre à diminuer autant que possible.
Alors, adieu les soupes en brique, les boîtes de conserve ultra pratiques et les tranches de jambon qu'on mélange aux nouilles du dimanche soir? Oubliées les mousses au chocolat du commerce et les petits gâteaux si bienvenus pour les pousser?
Et bien pour une fois je dis non, je me rebelle. Je ne tirerai pas un trait sur tout ça en même temps. Je ne suis pas prête à autant de sacrifices dans ma tête. C'est la meilleure façon de craquer. Déjà que je ne mange pas grand chose. Mon ancien médecin interniste me disait lorsqu'il me sentait un peu borderline sur la question du régime pauvre en sel et en sucre qu'il valait mieux s'autoriser un petit morceau de fromage tous les jours que de s'efforcer durement à ne plus à manger, et s'enfiler le fromage dans son entier un jour de faiblesse.
A méditer.

Alors maintenant, il se passe quoi?

Me voilà bien enceinte. La prise de sang l'a confirmé sur le papier, et l'écho de datation a enfoncé le clou sur l'écran lors de l'échographie de datation.
- Là, juste là, c'est l'embryon. On peut déceler un rythme cardiaque régulier. Il a une taille normale. Tout va bien pour le moment, rassurez-vous, me dit d'abord le praticien. La deuxième échographie aura lieu la douzième semaine. Elle est importante, elle confirmera ou non que le foetus évolue normalement. Avez-vous pris vos rendez-vous pour le suivi de votre lupus en parallèle de votre grossesse?, enchaina-t'il.
Ca y est. C'était lâché.

Il est toujours là. Il s'invite partout sans qu'on le lui demande. On ne l'avait pas sonné celui-là. Je savourais à peine la joie de me dire que pour l'instant j'en étais à 6SA et que tout allait bien qu'il me rattrapait au galop. Il fait pourtant bien partie de moi depuis plus de 10 ans. Mais quand tout va bien, je le range dans un petit tiroir et je tourne délicatement la clé, sans faire de bruit pour ne pas risquer de le réveiller.

Il avait pourtant raison ce médecin. Après tout c'était son travail. Mais il avait à faire à une bonne élève, scolaire je vous avais prévenu, et tout était déjà programmé.
L'ensemble de mon équipe de choc était au parfum : la gynécologue, l'interniste, la néphrologue, et moi. Les pieds dans les starting blocks. Au taquet pour le marathon de ma vie. Personne ne me l'avait dit ouvertement, mais je savais que le risque de fauche-couche était plus élevé chez les lupiques que chez les femmes ne souffrant pas de cette pathologie. Je suis aujourd'hui à 10SA et ne peux toujours pas m'enlever cette ombre de la tête.
Je dois avouer que j'appréhende particulièrement cette échographie des 12SA. J'ai hâte et je freine des quatre fers à la fois. Je me pose toutes ces questions que toutes les jeunes femmes enceintes se sont très certainement posées avant moi depuis que cette échographie existe. Et si, et si, et si....et si on pouvait faire un beau bébé ? Après tout, elle n'est pas que de moi cette petite chose dans mon ventre. Et mon mari ne semble pas souffrir de défaut de fabrication. Et je ne suis pas encore bonne à jeter...si, si, si.

Alors maintenant, il se passe quoi? Et bien nous attendons que le temps passe. Entre mon canapé, la cuvette des toilettes, le paquet de bonbons qui piquent, les résultats du premier tour de la présidentielle et mon lit.
En ce qui nous concerne, le changement, on l'a enfoncé dans l'urne dès ce matin, en priant pour qu'il y trouve tout un tas de petits camarades et qu'ils y fassent une grosse fête. Je suis moi-même née en 1981 sous un ciel teinté de rose. 2012 nous y voilà!

Dis, comment ça marche?

- Allez, vas-y, on le fait quand le test? , s'impatiente mon mari.
Depuis que la gynécologue m'avait dit après un test qu'il avait les spermatozoïdes bien mobiles et en nombre suffisant, il était le roi du monde.
Il y croyait aussi dur comme fer. Le premier essai était le bon, il l'avait senti, c'était certain. Ca ne pouvait pas être autrement.
De mon côté, à part un étrange fort mal de tête que j'avais ressenti et qui d'ordinaire ne m'arrive jamais, je ne voulais pas y croire ainsi.

Mon deuxième prénom aurait dû être Prudence. C'est trop souvent que je ne m'autorise pas à être confiante. Je me retrouve bien souvent avec l'envie de l'être, mais je ne fais toujours que la caresser. Jamais je ne l'empoigne. Je ne sais pas si c'est un trait de caractère que je porte en moi depuis toujours, ou bien s'il a été creusé par mon lupus. Cette maladie, comme de nombreuses autres maladies je présume, isole plus vite que la lumière si on la laisse faire. Pour ne parler que ce de qui ne se voit pas, la fatigue s'installe et ne nous quitte que rarement et les douleurs s'incrustent sans y être invitées. Il est alors aisé à comprendre que le fait de se coucher avec les poules est difficilement compatible avec l'entretien d'une vie sociale nocturne régulière et que pour de nombreuses personnes, avoir des douleurs de grand-mère à 20 ou 30 ans est peu concevable. On devient facilement cette personne un peu mollassonne qui a toujours un petit truc qui ne va pas, et on perd petit à petit confiance en nous à mesure que les autres nous comprennent de moins en moins.

Revenons-en cependant au vif du sujet.
- Rares sont celles qui tombent enceintes du premier coup...pourtant ça doit bien arriver à certaines...alors pourquoi pas à moi?, finis-je par me dire.
Je décidai alors que nous ferions le fameux test urinaire (encore un élément des plus romantiques...) le week-end suivant.
Nous ne comprenions pas bien pourquoi il existait autant de modèles différents avant de l'acheter et crânions à moitié dans le rayon de la parapharmacie.
- Allez, pas besoin d'avoir un BAC+12 pour lire un test de grossesse. On prend le premier prix ça sera parfait, décidions-nous en choeur.
Ce n'est que le lendemain matin, au réveil, et mon derrière scotché sur les toilettes que nous allions comprendre notre douleur. Il faut savoir que sur le modèle de base, vous est proposé un codage de base...et tout un tas de cas particuliers auxquels il nous est vite apparu que nous appartenions...
- Vas-y, regarde, elle est dans quelle sens la barre?
- Attends, tu tiens le test dans le mauvais sens non?
- Pourquoi il n'est pas net le trait horizontal?
- Laisse tomber, je t'avais dit que c'était pas pour ce coup-ci.
- Vas-y, secoue-le un coup.
- Rapproche le test de la légende. Ca correspondrait pas plutôt à ce cas de figure-là?
(...)
- Mais si, c'est bon j'te dis, regarde. J'te l'avais dit. Spermatozoïdes mobiles et en nombre suffisant!

Ce fut des petites minutes qui parurent des heures. Et je dois vous dire que si c'était à refaire, je prendrais le test urinaire de compétition. Le plus perfectionné qui existe. Celui qui affiche clairement le résultat et qui donne même une estimation de l'avancée de la grossesse. Parce qu'à cause d'un excès de zèle dans un rayon de parapharmacie, je n'ai pas cru à ma grossesse avant le test sanguin....ou bien je ne voulais toujours pas y croire, qui sait?

Les pieds sur les pédales et la tête dans le guidon

Ce qui est pratique avec ce genre de bonnes nouvelles, c'est qu'une fois qu'on en a bien pris conscience, on n'a pas besoin de courir partout pour chercher le mode d'emploi.


C'est vert mon coeur! Vas-y chéri, pédale, j'oriente le guidon !

Aussi, savoir que je pouvais sereinement tomber enceinte -j'ai toujours été très scolaire, c'est comme si j'avais reçu un bon carnet de notes qui m'autorisait à me récréer l'esprit libre- m'a transformée.
J'étais à l'aise dans ma tête, à l'aise dans mon corps.
C'est comme si l'ensemble de mon être se rendait disponible pour accomplir une mission de la plus haute importance. C'est qu'il ne fallait pas y aller par quatre chemins. Je ne vais pas être très romantique, mais le lupus est une maladie capricieuse qui se réveille aussi vite qu'elle s'endort. Je dirais même, qui se réveille souvent plus qu'elle ne s'endort. Il fallait passer tant que le feu était vert, et ne pas risquer qu'il tourne au orange si vous voyez ce que je veux dire.

On avait sans doute une petite étoile charmante quelque part au dessus de nos têtes qui n'attendait elle aussi que ça, car tout s'est bien combiné. C'était les vacances, je n'allais pas tarder à être en milieu de cycle, et l'Amour a fait le reste. Tout le monde était tellement au taquet (moi et mon mari en super forme, des spermatozoïdes de compétition et une ovulation pile à l'heure) que le premier cycle d'essai fut le bon.

Une aventure qui peut commencer

"Ah, oui, mais non, ça ne serait pas encore raisonnable. Il nous faut au moins 6 mois de calme dans la maladie pour pouvoir vous donner le feu vert. On se donne encore quelques mois et on en reparle."

Je ne comptais plus les fois où ce charmant discours pénétrait mes oreilles. J'avais beau me sentir bien, il y avait toujours quelque chose de travers : une tâche suspicieuse au visage, des douleurs articulaires qui se baladaient, des examens d'urine pas au top de leur forme.
Et comme ils avaient sans doute raison ces médecins!
De tous ceux que j'ai pu rencontrer en plus de 10 ans, je n'ai jamais cessé d'avoir confiance. L'hôpital publique a beau souffrir d'un sérieux manque de moyens, je n'y ai rencontré que des médecins humains et compétents - A l'exception peut-être d'un Professeur en néphrologie très peu pédagogue. Vous savez, il fait partie de ces souvenirs qu'on veille à bien enfouir au fin-fond de sa mémoire. Là, ça y est...hop : 1, 2, 3 POUF! J't'oublie (jusqu'à la prochaine fois...) - et j'ai toujours été persuadée qu'ils savaient ce qu'ils faisaient.

Alors vous comprendrez bien que le jour où tout ce joli petit monde en blouses blanches m'a donné son accord pour mettre une grossesse en route, moi et mon mari avons eu peine à réaliser.
"L'interniste a dit oui? Oui mais attends, on va quand même attendre l'avis du néphrologue. Ca sera plus sage tout de même non? Ah, mais le néphrologue a l'air bien emballé...Attends, attendons le rendez-vous avec la gynéco, on ne sait jamais."
- Bonne chance ! On se revoit au cours du premier mois de grossesse, me dit la gynéco.
- Ce n'est plus moi qui vais vous suivre, mais vous me prévenez par mail quand il sera né, me dit l'interniste.
- Allez, je vous fixe un rendez-vous. Il va de soi que si vous tombez enceinte, vous me prévenez que je vous vois plus rapidement. Bonne chance, me dit la néphrologue.

Je n'en revenais pas d'entendre toutes ces paroles. Rien n'était gagné bien entendu, mais pour la première fois, des paroles de spécialistes me donnaient à croire que je pouvais sereinement me lancer dans l'aventure. Pour une fois, ma maladie n'était plus un frein. Mon lupus nous autorisait à tenter notre chance.