Mon quotidien
Lorsque la neige fond...
14 mars 2013.
Cette nuit, sans plus aucun répit, une douleur atroce me presse comme un étau, dans la poitrine. Je souffre de manière lancinante et violente, depuis déjà trop longtemps. Si je ne prends pas soin de moi, je sais ce que j’encours. La sonnette d’alarme est au plus fort. Ces douleurs thoraciques m’indiquent les dépassements de mes limites. Je suis exténuée.
Après une longue réflexion, je pense à mon futur : Ruben, Florent.
Je me mets littéralement en danger. J’ai tellement peur de louper ton départ, de ne pas boucler cette boucle. Si je me fais hospitaliser? Là, j’aurais tout perdu… Je ne peux pas faire subir ça à mes hommes… à toi… Mais surtout à eux… Papa deviendrait fou…
Je parle à ton oreille, mon crapaud. Je t’explique.
Je te dis que papa va venir à ma place. Maman est trop fatiguée, il faut qu’elle dorme dans son lit.
A 5h30, après cette nuit de douleur et de culpabilité, je retrouve mon lit. J’envoie papa sur le canapé à ma place...
j'ai mal à la poitrine. C’est horrible... la fatigue prend sur ma santé. Je m’endors comme une masse.
Ruben se réveille à 7h30. Fio se glisse dans notre lit, avec lui. Il me réveille. Je le regarde furibonde, avec comme seul accueil une triste réalité.
Ces phrases dites à ton père, comme réponse, ses yeux plein d’effroi et de constat d’une triste réalité….
« Tu crois que je suis venue ici pour le plaisir ? Histoire de me reposer plus confortablement? Tu ne crois pas plutôt que je suis au bout du bout, pour me risquer de louper le décès de Raphaël ? Que je ne fais pas ça pour éviter de crever ? Alors que voilà près de 3 semaines que je n’ai pas lâché notre fils d’un mètre ! Et toi, tu viens me réveiller, histoire de me couper encore le sommeil ??? »
Il réalise. Je culpabilise de lui avoir annoncé les choses aussi violemment. Nous décidons que les deux prochaines nuits, papa dormira en bas, avec toi.
Mon corps me dit stop. Après, nous ferons une nuit sur deux. Chacun notre tour.
Ces deux nuits lui montreront la dureté de cet accompagnement. La fatigue et l’usure engendrées sur la longueur…
Aujourd’hui, je ne veux pas trop te mobiliser. Ta tumeur te fait horriblement mal à la tête. Tu grimaces lorsqu'on te bouge, malgré les malus de morphine. Comme si elle prenait toute la place…
Le médecin traitant est venu te voir.
Ton amoureuse, mon crapaud, t’a fait un joli dessin. Léna a écrit son prénom, avec des cœurs tout autour. Lorsque je t’ai évoqué cette lettre d’amour, tu m’as souri. Je t’ai également dit qu’elle avait de jolies lunettes, sur le bout du nez. J’ai vu du bonheur se dessiner sur ton visage. ♥
Il y a quelques jours, Agnès nous a envoyé un poster. Nous venons de l’accrocher dans notre chambre. « La vie est belle » est inscrit dessus. Je trouve toujours très drôle les photos que l’on peut choisir de nous. Cette vision que nous renvoyons à d’autres. Puis de toucher du doigt des photos qui disent beaucoup… N’est ce pas mon bisounours? ;)
Emmanuel, Hubert, Christine et Arnaud, tes infirmiers à domicile, m’ont dit qu’ils te prépareront.
Ils veulent te faire ta toilette mortuaire. Te préparer pour ton ultime voyage. Faire de toi le plus beau. Je suis touchée au plus profond de mon être. Ils seront là, jusqu’au bout. Un accompagnement jusqu’à la fin. Merci n’est pas un mot assez grand, pour des gens que je porte à vie, dans mon cœur…
Aujourd’hui, je te prends pour une des dernière fois, dans mes bras. Tu dois faire moins de 8kg… Je te serre en larmes contre moi. Quelle injustice, quel déchirement…Tu es tel la représentation des enfants malnutris d’Afrique. Tu es plus léger que ton frère… Tu n’es plus que d’os…
Aujourd’hui, j’ai enlevé ma perle de Tahiti de mon cou. Tu partiras avec. Comme promis…
Ce soir, papa m'a mis au lit.
J’ai alors pu craquer. Je crève de l’intérieur mais tant que tu peux m’entendre, je me tais. Je ne veux pas te retenir, par mon chagrin.
Comme je suis à l’étage, j’ai pu me libérer du trop plein… J’en ai réveillé Ruben par mes pleurs...
Papa est venu nous consoler... il m'a confié que lorsqu'il te voit ainsi, il a envie de vomir de chagrin. Il espère que tu partes vite juste pour ne plus te voir dans cet état. Puis, à la fois, il sait qu'il ne te verra plus jamais et ça le déchire...
Comme je le comprends...
J’ai le cœur qui éclate en mille morceaux. Avant je pensais que c'était une expression de jeune fille en fleur... maintenant je connais et subit ce mal d’amour.
15 mars 2013.
Cette nuit a été réparatrice. Je me sens déjà mieux.
Pour toi aussi mon Crapaud. Tu as été sympa avec papa. Aucune mauvaise blague.
Néanmoins ce matin, c'est dur pour toi...
Toujours des difficultés respi...
C’est Emmanuel qui vient te faire la toilette. Christine est partie en week-end. Il me fait rire car il trouve que la lotion de massage « Nuttela » pue… Ahhh ! Les hommes et les marques…. ;).
Il réussit à te faire ouvrir les yeux… jusqu’au bout pour lui…
Cela fait 3 semaines que tu te meurs. Nous t’avons dit au moins une centaine de fois au revoir... croyant que tu partais... vivre à côté de la grande faucheuse, quotidiennement, n'est pas vivable... Nous tentons de parler d'autres choses car sinon nous deviendrions fous de chagrin... Dans cet espace confiné, hors du temps, des normes et des certitudes, nous continuons à rire, vivre, échanger… aussi s’aimer.
Ruben, petit être si vivant, nous y oblige.
Je te parle mon Ruben. Je te dis que je vais beaucoup pleurer mais que tu seras ma force. Tu ne devras jamais penser que mes larmes sont de ta faute. Bien au contraire, tu es ma prochaine bataille. Tu es messager de vie. Je t’ai fait don de nous. À moi de te respecter et de te faire honneur. Si petit que tu es, tu es déjà si fort. Tu aideras et aides déjà maman à surmonter cette douleur. Je suis fière de toi. De tout ce que tu as déjà surmonté pour être ici. Je t’aime autant que ton frère. Toi mon bébé sans dent si gracieux, avec une destinée déjà si forte.
Mon crapaud, tu me souris aujourd'hui.
Je te raconte certains de nos souvenirs. Tu me réponds par cette douceur sur ton visage.
L’histoire de ton arrivée, la 1ère fois que je t’ai vu, tes 1ers pas, ta 1ère rentrée scolaire, nos séjours chez Mickey, l’arrivée de ton frère, tes Noëls, nos blagues, nous dans la neige… toujours cette neige… si tu pouvais le voir ce manteau blanc… Encore une fois, je t’invite à y courir dedans, tout en t’envolant comme un flocon…
Je fais la commande de notre 1er blog…
16 mars 2013.
La neige commence à fondre.
Papa est revenu, dépité, de sa nuit trop courte, dans le lit... heureux de savoir qu'il redormait dans son antre, cette nuit...
Ce midi, nous avons eu la troupe d’amis/famille avec un grand A. Ils sont tous venus manger, en apportant chacun, un petit quelque chose. Une journée de rires, ensemble, pour la dernière fois…
Crapaud, tu souriais en les entendant... Toute la journée, ce doux sourire.
Ta marraine s’est confiée à toi, cette journée là… Elle t’a dit des mots, des secrets de grands… Tu as sorti ta main de ta couverture, pour prendre la sienne… Ce fût votre Adieu, dans une confidence, où se déroulait un mystère…
« L'univers est rempli de magie et il attend patiemment que notre intelligence s'affine. »
de Eden Phillpotts
Juste cette citation pour évoquer cette journée…
Ce soir, mon Crapaud, tu es pris par des glaires qui se logent dans la gorge. Depuis 2 semaines, plus ou moins de manière importante, tu souffres de cette gêne. Tu as d’ailleurs un traitement pour.
Pourtant, avec mon appui, tu réussis à les expectorer par le nez... C'est pire que la fin d'un marathon avec encouragements du public!!!! (Le dit public, étant ta mère esseulée...)
Un moment de complicité partagé et à la fois, étrange, qui me donne du bonheur à me remémorer…
Sachant ma répulsion pour les sécrétions nasales… ;)
Ce soir, je ne dors pas dans le canapé mais à terre. Papa a descendu le matelas de ton lit.
Cyrus et Stamp tente même de me piquer ma place…
Depuis des mois, papa a prédit que tu partiras demain…
En effet, cette nuit sera ton ultime nuit…
Cette nuit, sans plus aucun répit, une douleur atroce me presse comme un étau, dans la poitrine. Je souffre de manière lancinante et violente, depuis déjà trop longtemps. Si je ne prends pas soin de moi, je sais ce que j’encours. La sonnette d’alarme est au plus fort. Ces douleurs thoraciques m’indiquent les dépassements de mes limites. Je suis exténuée.
Après une longue réflexion, je pense à mon futur : Ruben, Florent.
Je me mets littéralement en danger. J’ai tellement peur de louper ton départ, de ne pas boucler cette boucle. Si je me fais hospitaliser? Là, j’aurais tout perdu… Je ne peux pas faire subir ça à mes hommes… à toi… Mais surtout à eux… Papa deviendrait fou…
Je parle à ton oreille, mon crapaud. Je t’explique.
Je te dis que papa va venir à ma place. Maman est trop fatiguée, il faut qu’elle dorme dans son lit.
A 5h30, après cette nuit de douleur et de culpabilité, je retrouve mon lit. J’envoie papa sur le canapé à ma place...
j'ai mal à la poitrine. C’est horrible... la fatigue prend sur ma santé. Je m’endors comme une masse.
Ruben se réveille à 7h30. Fio se glisse dans notre lit, avec lui. Il me réveille. Je le regarde furibonde, avec comme seul accueil une triste réalité.
Ces phrases dites à ton père, comme réponse, ses yeux plein d’effroi et de constat d’une triste réalité….
« Tu crois que je suis venue ici pour le plaisir ? Histoire de me reposer plus confortablement? Tu ne crois pas plutôt que je suis au bout du bout, pour me risquer de louper le décès de Raphaël ? Que je ne fais pas ça pour éviter de crever ? Alors que voilà près de 3 semaines que je n’ai pas lâché notre fils d’un mètre ! Et toi, tu viens me réveiller, histoire de me couper encore le sommeil ??? »
Il réalise. Je culpabilise de lui avoir annoncé les choses aussi violemment. Nous décidons que les deux prochaines nuits, papa dormira en bas, avec toi.
Mon corps me dit stop. Après, nous ferons une nuit sur deux. Chacun notre tour.
Ces deux nuits lui montreront la dureté de cet accompagnement. La fatigue et l’usure engendrées sur la longueur…
Aujourd’hui, je ne veux pas trop te mobiliser. Ta tumeur te fait horriblement mal à la tête. Tu grimaces lorsqu'on te bouge, malgré les malus de morphine. Comme si elle prenait toute la place…
Le médecin traitant est venu te voir.
Ton amoureuse, mon crapaud, t’a fait un joli dessin. Léna a écrit son prénom, avec des cœurs tout autour. Lorsque je t’ai évoqué cette lettre d’amour, tu m’as souri. Je t’ai également dit qu’elle avait de jolies lunettes, sur le bout du nez. J’ai vu du bonheur se dessiner sur ton visage. ♥
Il y a quelques jours, Agnès nous a envoyé un poster. Nous venons de l’accrocher dans notre chambre. « La vie est belle » est inscrit dessus. Je trouve toujours très drôle les photos que l’on peut choisir de nous. Cette vision que nous renvoyons à d’autres. Puis de toucher du doigt des photos qui disent beaucoup… N’est ce pas mon bisounours? ;)
Emmanuel, Hubert, Christine et Arnaud, tes infirmiers à domicile, m’ont dit qu’ils te prépareront.
Ils veulent te faire ta toilette mortuaire. Te préparer pour ton ultime voyage. Faire de toi le plus beau. Je suis touchée au plus profond de mon être. Ils seront là, jusqu’au bout. Un accompagnement jusqu’à la fin. Merci n’est pas un mot assez grand, pour des gens que je porte à vie, dans mon cœur…
Aujourd’hui, je te prends pour une des dernière fois, dans mes bras. Tu dois faire moins de 8kg… Je te serre en larmes contre moi. Quelle injustice, quel déchirement…Tu es tel la représentation des enfants malnutris d’Afrique. Tu es plus léger que ton frère… Tu n’es plus que d’os…
Aujourd’hui, j’ai enlevé ma perle de Tahiti de mon cou. Tu partiras avec. Comme promis…
Ce soir, papa m'a mis au lit.
J’ai alors pu craquer. Je crève de l’intérieur mais tant que tu peux m’entendre, je me tais. Je ne veux pas te retenir, par mon chagrin.
Comme je suis à l’étage, j’ai pu me libérer du trop plein… J’en ai réveillé Ruben par mes pleurs...
Papa est venu nous consoler... il m'a confié que lorsqu'il te voit ainsi, il a envie de vomir de chagrin. Il espère que tu partes vite juste pour ne plus te voir dans cet état. Puis, à la fois, il sait qu'il ne te verra plus jamais et ça le déchire...
Comme je le comprends...
J’ai le cœur qui éclate en mille morceaux. Avant je pensais que c'était une expression de jeune fille en fleur... maintenant je connais et subit ce mal d’amour.
15 mars 2013.
Cette nuit a été réparatrice. Je me sens déjà mieux.
Pour toi aussi mon Crapaud. Tu as été sympa avec papa. Aucune mauvaise blague.
Néanmoins ce matin, c'est dur pour toi...
Toujours des difficultés respi...
C’est Emmanuel qui vient te faire la toilette. Christine est partie en week-end. Il me fait rire car il trouve que la lotion de massage « Nuttela » pue… Ahhh ! Les hommes et les marques…. ;).
Il réussit à te faire ouvrir les yeux… jusqu’au bout pour lui…
Cela fait 3 semaines que tu te meurs. Nous t’avons dit au moins une centaine de fois au revoir... croyant que tu partais... vivre à côté de la grande faucheuse, quotidiennement, n'est pas vivable... Nous tentons de parler d'autres choses car sinon nous deviendrions fous de chagrin... Dans cet espace confiné, hors du temps, des normes et des certitudes, nous continuons à rire, vivre, échanger… aussi s’aimer.
Ruben, petit être si vivant, nous y oblige.
Je te parle mon Ruben. Je te dis que je vais beaucoup pleurer mais que tu seras ma force. Tu ne devras jamais penser que mes larmes sont de ta faute. Bien au contraire, tu es ma prochaine bataille. Tu es messager de vie. Je t’ai fait don de nous. À moi de te respecter et de te faire honneur. Si petit que tu es, tu es déjà si fort. Tu aideras et aides déjà maman à surmonter cette douleur. Je suis fière de toi. De tout ce que tu as déjà surmonté pour être ici. Je t’aime autant que ton frère. Toi mon bébé sans dent si gracieux, avec une destinée déjà si forte.
Mon crapaud, tu me souris aujourd'hui.
Je te raconte certains de nos souvenirs. Tu me réponds par cette douceur sur ton visage.
L’histoire de ton arrivée, la 1ère fois que je t’ai vu, tes 1ers pas, ta 1ère rentrée scolaire, nos séjours chez Mickey, l’arrivée de ton frère, tes Noëls, nos blagues, nous dans la neige… toujours cette neige… si tu pouvais le voir ce manteau blanc… Encore une fois, je t’invite à y courir dedans, tout en t’envolant comme un flocon…
Je fais la commande de notre 1er blog…
16 mars 2013.
La neige commence à fondre.
Papa est revenu, dépité, de sa nuit trop courte, dans le lit... heureux de savoir qu'il redormait dans son antre, cette nuit...
Ce midi, nous avons eu la troupe d’amis/famille avec un grand A. Ils sont tous venus manger, en apportant chacun, un petit quelque chose. Une journée de rires, ensemble, pour la dernière fois…
Crapaud, tu souriais en les entendant... Toute la journée, ce doux sourire.
Ta marraine s’est confiée à toi, cette journée là… Elle t’a dit des mots, des secrets de grands… Tu as sorti ta main de ta couverture, pour prendre la sienne… Ce fût votre Adieu, dans une confidence, où se déroulait un mystère…
« L'univers est rempli de magie et il attend patiemment que notre intelligence s'affine. »
de Eden Phillpotts
Juste cette citation pour évoquer cette journée…
Ce soir, mon Crapaud, tu es pris par des glaires qui se logent dans la gorge. Depuis 2 semaines, plus ou moins de manière importante, tu souffres de cette gêne. Tu as d’ailleurs un traitement pour.
Pourtant, avec mon appui, tu réussis à les expectorer par le nez... C'est pire que la fin d'un marathon avec encouragements du public!!!! (Le dit public, étant ta mère esseulée...)
Un moment de complicité partagé et à la fois, étrange, qui me donne du bonheur à me remémorer…
Sachant ma répulsion pour les sécrétions nasales… ;)
Ce soir, je ne dors pas dans le canapé mais à terre. Papa a descendu le matelas de ton lit.
Cyrus et Stamp tente même de me piquer ma place…
Depuis des mois, papa a prédit que tu partiras demain…
En effet, cette nuit sera ton ultime nuit…