Divers
Lettre ouverte à ma moitié.
Florent,
Tu sais déjà tout… Des mots déjà dits, voir pour certains écrits…
Pourtant…
Je veux les laisser sur le journal de nos enfants, pour qu’ils en aient une trace.
Paraît-il que 75% des parents endeuillés de leur enfant divorcent…
Si pour une fois, nous étions de l’autre côté des statistiques…
Si pour une fois, on gagnait et qu’on l’écrasait pour de bon cette maladie.
Elle nous a déjà tant enlevé. Notre bien le plus précieux. Un bien qui n’était pas à nous, mais une continuité de nous. Le résultat de notre amour. Le toi et moi qui fait un nous.
Si je me retrouvais propulsée dans le passé…
Je retournerai te chercher.
J’irai en discothèque ce fameux 21/12/2000, fêter mes 20 ans auprès de cet inconnu.
Je te redirai « bonjour jeune homme, cette place est-elle libre ? ».
Amusée, je te laisserai me séduire, tout aussi gauchement.
Des deux, c’est toujours toi que je choisirai.
Cette fois, je ne prendrai pas ton numéro de plaque d’immatriculation, lorsque tu nous as fait traverser les petites routes de campagne. Par contre, toujours pas ton numéro de téléphone…
Je te téléphonerai toujours pour la 1ère fois, le 25 décembre 2000, en me présentant comme ton « plus beau cadeau de Noël ». Je te donnerai toujours ces deux numéros de téléphone sur ton répondeur… L’un bon, l’autre non…
A contrario, je ne t’appellerai pas Etienne durant plus d’un mois…
Je me réveillerai de notre 1ère nuit, qui deviendra pour moi aussi, une nuit d’amour, avec un cadeau de la nature : ce fichu manteau blanc… qui nous poursuivra…toujours, toujours….
Je continuerai à dire à ma mère combien tu es gentil… Que c’est la 1ère fois que je ressens autant de bonté, en quelqu’un…
Je te ferai racheter une cocotte minute pour ta future femme. Je ne chercherai aucunement une autre fille pour me remplacer…
Je ne te ferai plus souffrir, par mes jeux de séduction cruels…
Je pleurerai de nouveau, vexée par certains mots. Ces paroles qui me pousseront 2 jours plus tard à encore t’avouer mes sentiments, par un je t’aime téléphonique…
A partir de ce moment là, je reviendrai chaque week-end de Paris, accueillie par un bouquet de fleurs coupées comme je les déteste… Puis un jour, toutes mes affaires personnelles encore chez mes parents, se trouveront dans ton petit appartement. Toi, ayant tout emménagé dans ton petit 37m2.
Je reprendrai ces 35kg qui te rassurent, qui te font penser que je resterai avec toi, pour toujours, que je ne vais pas m’en aller… Même si peu peuvent comprendre mon choix… Je m’en fous… Toi tant que tu es heureux et confiant… C’est ça l’important…
Le regard bien pensant des gens…Encore plus maintenant….
Je ferai encore mon caprice pour avoir mon hamster, et mon stampinou. Je serai toujours aussi heureuse d’avoir mon gros chien, bien plus tard…
Tu me demanderas en mariage, je refuserai… N’insistant plus, je revendiquerai alors ta main, lors d’un repas, pour fêter mon entrée à l’école…
Je me remarierai avec toi, en septembre 2005. Comme je l’avais imposé ce soir là, au restaurant. Cette fois ci, en comité encore plus restreint… Toi et nos témoins…
Je me battrai encore pour nous…
De manière respectueuse, avec une pudeur insistante, tu continueras à me demander un enfant que je te refuserai…
Maintenant, je sais qui tu seras comme père… Un homme grand. Un homme et un père présent. Une figure charismatique… Quelqu’un dont je suis fière d’être la femme.
Mais j’attendrai encore car je connais le bonheur de l’avoir connu… Ceci avec toi, grâce à toi.
J’ai également appris à connaître grâce et à travers lui : mon Mari.
Tout comme la 1ère fois, j’accepterai de te faire un enfant, que lors de ce Noël 2007.
Mais cette fois ci, je n’aurai plus peur. Je serai confiante, heureuse et excitée.
Je te rassurai aussi, en te disant de te faire confiance.
Tu seras le meilleur de tous pour ce bout de nous.
A la Saint Valentin 2008, nous apprendrons qu’un petit ange au doux nom de Raphaël s’est niché dans mon ventre… malheureusement ses ailes toujours fixées dans son dos…
Raphaël, ton fils, seul être vivant à pouvoir te rendre complètement fou de rage. L’unique a pouvoir te faire sortir de tes gonds. A te fixer, sans jamais baisser le regard, en te provoquant d’un « même pas peur, encore, viens ! », lorsque tu le fessais ou le menaçais. N’ayant absolument pas peur de toi, il savait l’amour inconditionnel que tu lui porteras jusqu’au bout…
En juillet 2010, nous rentrerons dans notre maison.
Nous divorcerons tous les jours à cause de ses fichus travaux…
En juin 2011, je perdrai ma poussière d’étoiles…
Le jour de tes 35 ans, Raphaël t’apportera un cadeau. Un test urinaire montrant la présence discrète de bébé Ruben…
10 jours plus tard, notre monde s’écroulera à tout jamais. Le mot tumeur cérébrale est lancé… Cancer… Raphaël… Des mots incompréhensibles et incompatibles au bonheur venant d’arriver.
Mon mutisme. Ta logorrhée.
Je perds pieds. Tu es là…
Tu deviens l’Homme. Celui qui en impose, qui protège sa famille. Le père présent. Cette prestance… La terre s’est dérobée sous mes pieds. Je ne suis que mon ombre et toi… Ma lumière.
Tu me secoues délicatement. Tu vois que je ne suis plus la dominante du couple. Je suis devenue incapable de prise de décision. Je suis effondrée. Si Raphaël meurt… Je saute de là haut… de cette haute tour…
Tu le sais. Tu as peur pour nous.
Tu gères tout. Tu me rappelles à l’enfant que je porte. Tu secoues les médecins, la planète entière… Tout repose plus qu’entre tes mains… et moi, je te suis, blessée, harponnée en plein cœur autant que toi mais devenue incapable…
Je ne fais que de répéter ces mots de « cancer, tumeur, Raphaël » juste pour les intégrer. Assimiler, l’incohérence de ces mots. Le malheur n’arrive pas qu’aux autres…
Tu me portes. Une fois remise debout, tu t’éclipses face à cette relation fusionnelle entre Raphaël et moi. Néanmoins, toujours présent pour nous. Faisant tes heures de travail, puis revenant pour les soins. Un investissement sans faille envers ta famille. Tu tiens chaque promesse que tu nous fais. Même la plus dure… Celle de le faire revenir à la maison pour mourir…
Puis ce vide… Encore ton épaule pour me relever. Toujours cette présence sans faille même lorsque tu n’es qu’une plaie ouverte…
Raphaël avait tout prédit de notre déchirement.
Nous nous sommes hurlés dessus, frappés, blessés de paroles…
Mais nous n’étions devenus que douleur. Il est facile de juger, de croire à telles réactions futures, à telle attitudes socialement adaptées.
Avant de connaître le deuil de son enfant, rien n’a de comparaison…
C’est comme devenir parents. Tant qu’on ne le vit pas… On ne sait pas.
C’est tellement atroce comme mal, que je ne le souhaiterais pas au pire de tous…
C’est la pire injustice de la vie.
Puis, on se retrouve tous les deux face à ces questionnements et affirmations :
-Comment l’autre peut dire avoir plus mal que moi ?
-Pourquoi ne réagit-il pas comme je le fais ?
-J’ai juste envie qu’il ait mal comme je peux avoir mal.
-Arrêtes d’en parler. Je ne veux pas que tu en parles.
-Pourquoi tu ne m’en parles plus ?
C’est juste de la douleur à l’état pure… De la contradiction de chaque instant.
Donc, on se déchire. On se fait mal comme la souffrance qui nous dévore.
Finalement, on doit continuer à vivre. Le temps s’écoule.
Tu te plonges dans ton travail et la nourriture. Pour ma part, je m’accroche à ma thérapie, à cette fenêtre ouverte sur le monde mais aussi à l’enfant bien vivant en face de nous.
Il y a Ruben, toujours un nous et beaucoup d’amour autour.
Soit, on claque tout pour recommencer à boiter ailleurs. En tirant un trait à toutes ces années de complicités, bonheur mais aussi sur ce drame sans nom.
.
Soit on se sert de l’autre comme un tuteur, un pilier…
On se pardonne le mal fait, les mots durs et on regarde ce que l’on a accompli ensemble.
On refait des projets. On se retrouve et on se redécouvre amoureusement.
Je suis très fière d’être ta femme.
Je suis comblée, d’avoir ce mari aimant, amoureux, fort, courageux et investi envers sa famille.
Crapaud mourant, tu t’es excusé de m’avoir demandé cet enfant.
S’il fallait, je résignerai pour exactement la même vie que celle-ci. Avec toi à mes côtés.
Sans peur, ni appréhension car je sais avec qui je vais….
Oui, nous continuerons et réapprendrons à marcher ensemble.
Je t’aime pour toujours, toujours…Mon Fio,
Ta Nathou.
Tu sais déjà tout… Des mots déjà dits, voir pour certains écrits…
Pourtant…
Je veux les laisser sur le journal de nos enfants, pour qu’ils en aient une trace.
Paraît-il que 75% des parents endeuillés de leur enfant divorcent…
Si pour une fois, nous étions de l’autre côté des statistiques…
Si pour une fois, on gagnait et qu’on l’écrasait pour de bon cette maladie.
Elle nous a déjà tant enlevé. Notre bien le plus précieux. Un bien qui n’était pas à nous, mais une continuité de nous. Le résultat de notre amour. Le toi et moi qui fait un nous.
Si je me retrouvais propulsée dans le passé…
Je retournerai te chercher.
J’irai en discothèque ce fameux 21/12/2000, fêter mes 20 ans auprès de cet inconnu.
Je te redirai « bonjour jeune homme, cette place est-elle libre ? ».
Amusée, je te laisserai me séduire, tout aussi gauchement.
Des deux, c’est toujours toi que je choisirai.
Cette fois, je ne prendrai pas ton numéro de plaque d’immatriculation, lorsque tu nous as fait traverser les petites routes de campagne. Par contre, toujours pas ton numéro de téléphone…
Je te téléphonerai toujours pour la 1ère fois, le 25 décembre 2000, en me présentant comme ton « plus beau cadeau de Noël ». Je te donnerai toujours ces deux numéros de téléphone sur ton répondeur… L’un bon, l’autre non…
A contrario, je ne t’appellerai pas Etienne durant plus d’un mois…
Je me réveillerai de notre 1ère nuit, qui deviendra pour moi aussi, une nuit d’amour, avec un cadeau de la nature : ce fichu manteau blanc… qui nous poursuivra…toujours, toujours….
Je continuerai à dire à ma mère combien tu es gentil… Que c’est la 1ère fois que je ressens autant de bonté, en quelqu’un…
Je te ferai racheter une cocotte minute pour ta future femme. Je ne chercherai aucunement une autre fille pour me remplacer…
Je ne te ferai plus souffrir, par mes jeux de séduction cruels…
Je pleurerai de nouveau, vexée par certains mots. Ces paroles qui me pousseront 2 jours plus tard à encore t’avouer mes sentiments, par un je t’aime téléphonique…
A partir de ce moment là, je reviendrai chaque week-end de Paris, accueillie par un bouquet de fleurs coupées comme je les déteste… Puis un jour, toutes mes affaires personnelles encore chez mes parents, se trouveront dans ton petit appartement. Toi, ayant tout emménagé dans ton petit 37m2.
Je reprendrai ces 35kg qui te rassurent, qui te font penser que je resterai avec toi, pour toujours, que je ne vais pas m’en aller… Même si peu peuvent comprendre mon choix… Je m’en fous… Toi tant que tu es heureux et confiant… C’est ça l’important…
Le regard bien pensant des gens…Encore plus maintenant….
Je ferai encore mon caprice pour avoir mon hamster, et mon stampinou. Je serai toujours aussi heureuse d’avoir mon gros chien, bien plus tard…
Tu me demanderas en mariage, je refuserai… N’insistant plus, je revendiquerai alors ta main, lors d’un repas, pour fêter mon entrée à l’école…
Je me remarierai avec toi, en septembre 2005. Comme je l’avais imposé ce soir là, au restaurant. Cette fois ci, en comité encore plus restreint… Toi et nos témoins…
Je me battrai encore pour nous…
De manière respectueuse, avec une pudeur insistante, tu continueras à me demander un enfant que je te refuserai…
Maintenant, je sais qui tu seras comme père… Un homme grand. Un homme et un père présent. Une figure charismatique… Quelqu’un dont je suis fière d’être la femme.
Mais j’attendrai encore car je connais le bonheur de l’avoir connu… Ceci avec toi, grâce à toi.
J’ai également appris à connaître grâce et à travers lui : mon Mari.
Tout comme la 1ère fois, j’accepterai de te faire un enfant, que lors de ce Noël 2007.
Mais cette fois ci, je n’aurai plus peur. Je serai confiante, heureuse et excitée.
Je te rassurai aussi, en te disant de te faire confiance.
Tu seras le meilleur de tous pour ce bout de nous.
A la Saint Valentin 2008, nous apprendrons qu’un petit ange au doux nom de Raphaël s’est niché dans mon ventre… malheureusement ses ailes toujours fixées dans son dos…
Raphaël, ton fils, seul être vivant à pouvoir te rendre complètement fou de rage. L’unique a pouvoir te faire sortir de tes gonds. A te fixer, sans jamais baisser le regard, en te provoquant d’un « même pas peur, encore, viens ! », lorsque tu le fessais ou le menaçais. N’ayant absolument pas peur de toi, il savait l’amour inconditionnel que tu lui porteras jusqu’au bout…
En juillet 2010, nous rentrerons dans notre maison.
Nous divorcerons tous les jours à cause de ses fichus travaux…
En juin 2011, je perdrai ma poussière d’étoiles…
Le jour de tes 35 ans, Raphaël t’apportera un cadeau. Un test urinaire montrant la présence discrète de bébé Ruben…
10 jours plus tard, notre monde s’écroulera à tout jamais. Le mot tumeur cérébrale est lancé… Cancer… Raphaël… Des mots incompréhensibles et incompatibles au bonheur venant d’arriver.
Mon mutisme. Ta logorrhée.
Je perds pieds. Tu es là…
Tu deviens l’Homme. Celui qui en impose, qui protège sa famille. Le père présent. Cette prestance… La terre s’est dérobée sous mes pieds. Je ne suis que mon ombre et toi… Ma lumière.
Tu me secoues délicatement. Tu vois que je ne suis plus la dominante du couple. Je suis devenue incapable de prise de décision. Je suis effondrée. Si Raphaël meurt… Je saute de là haut… de cette haute tour…
Tu le sais. Tu as peur pour nous.
Tu gères tout. Tu me rappelles à l’enfant que je porte. Tu secoues les médecins, la planète entière… Tout repose plus qu’entre tes mains… et moi, je te suis, blessée, harponnée en plein cœur autant que toi mais devenue incapable…
Je ne fais que de répéter ces mots de « cancer, tumeur, Raphaël » juste pour les intégrer. Assimiler, l’incohérence de ces mots. Le malheur n’arrive pas qu’aux autres…
Tu me portes. Une fois remise debout, tu t’éclipses face à cette relation fusionnelle entre Raphaël et moi. Néanmoins, toujours présent pour nous. Faisant tes heures de travail, puis revenant pour les soins. Un investissement sans faille envers ta famille. Tu tiens chaque promesse que tu nous fais. Même la plus dure… Celle de le faire revenir à la maison pour mourir…
Puis ce vide… Encore ton épaule pour me relever. Toujours cette présence sans faille même lorsque tu n’es qu’une plaie ouverte…
Raphaël avait tout prédit de notre déchirement.
Nous nous sommes hurlés dessus, frappés, blessés de paroles…
Mais nous n’étions devenus que douleur. Il est facile de juger, de croire à telles réactions futures, à telle attitudes socialement adaptées.
Avant de connaître le deuil de son enfant, rien n’a de comparaison…
C’est comme devenir parents. Tant qu’on ne le vit pas… On ne sait pas.
C’est tellement atroce comme mal, que je ne le souhaiterais pas au pire de tous…
C’est la pire injustice de la vie.
Puis, on se retrouve tous les deux face à ces questionnements et affirmations :
-Comment l’autre peut dire avoir plus mal que moi ?
-Pourquoi ne réagit-il pas comme je le fais ?
-J’ai juste envie qu’il ait mal comme je peux avoir mal.
-Arrêtes d’en parler. Je ne veux pas que tu en parles.
-Pourquoi tu ne m’en parles plus ?
C’est juste de la douleur à l’état pure… De la contradiction de chaque instant.
Donc, on se déchire. On se fait mal comme la souffrance qui nous dévore.
Finalement, on doit continuer à vivre. Le temps s’écoule.
Tu te plonges dans ton travail et la nourriture. Pour ma part, je m’accroche à ma thérapie, à cette fenêtre ouverte sur le monde mais aussi à l’enfant bien vivant en face de nous.
Il y a Ruben, toujours un nous et beaucoup d’amour autour.
Soit, on claque tout pour recommencer à boiter ailleurs. En tirant un trait à toutes ces années de complicités, bonheur mais aussi sur ce drame sans nom.
.
Soit on se sert de l’autre comme un tuteur, un pilier…
On se pardonne le mal fait, les mots durs et on regarde ce que l’on a accompli ensemble.
On refait des projets. On se retrouve et on se redécouvre amoureusement.
Je suis très fière d’être ta femme.
Je suis comblée, d’avoir ce mari aimant, amoureux, fort, courageux et investi envers sa famille.
Crapaud mourant, tu t’es excusé de m’avoir demandé cet enfant.
S’il fallait, je résignerai pour exactement la même vie que celle-ci. Avec toi à mes côtés.
Sans peur, ni appréhension car je sais avec qui je vais….
Oui, nous continuerons et réapprendrons à marcher ensemble.
Je t’aime pour toujours, toujours…Mon Fio,
Ta Nathou.