Mon quotidien
Dernière ligne droite.
Aujourd’hui, je suis officiellement à 11 jours de mon terme.
Quel choc de voir ce chiffre…
J’ai du mal à réaliser.
Je sais que dans maximum x jours, nous nous rencontrerons obligatoirement.
Je suis contente que tu ais bien voulu attendre le passage des commémorations du 6 juin. J’avais beaucoup d’angoisses à ce que tu viennes ce jour. Les routes étaient impraticables, pour nous civiles. Papa aurait eu un mal de chien à venir me chercher à temps. Les pompiers auraient sûrement dus m’accompagner. La galère pour la garde de Ruben. Juste pour cela : Merci !
Je suis actuellement dans un état d’esprit un peu spécial.
En toute honnêteté, j’ai du mal à me supporter moi-même.
J’ai la sensation d’être tout le temps de mauvaise humeur.
Chouineuse, lunatique et à subir tout ce qui se passe autour de moi. Je rentre dans ma carapace. J’ai de plus en plus de mal à ce que l’on pénètre dans mon espace vital.
J’ai peur qu’on tape mon ventre, qu’on me fasse mal, qu’on me bouscule. Je me méfie de tout ce qui pourrait mettre mon ventre en danger. Je suis ultra stressée en voiture, par les gens dans les magasins, par le jouet à terre invisible qui pourrait causer ma chute…par tout!
Je pourrais me comparer à un animal qui cherche l’endroit tranquille pour mettre bas.
Mon corps se prépare.
J’ai aussi d’atroces et douloureuses montées de lait… qui ne me serviront à rien. Moi la non allaitante de base et fière de l’être sature (la leche league ait pitié de moi, je suis déjà, pour ma propre famille, une Judas).
Ce week-end, le beau temps était enfin là. L’œdème l’a accompagné.
Je serai discrète sur son emplacement. Ma démarche de Lucky Luke n’est pas seulement dû à celui qui se trouve à mes chevilles… :P
Je suis tout le temps fatiguée. D’ailleurs, je me réveille épuisée. Pourtant impossible de faire la sieste. Sinon, je le paie la nuit avec des insomnies qui me tiennent éveillées.
Virgile, tu t’amuses à encore te retourner, dans tous les sens. Depuis trois jours, tu es de nouveau en siège alors que la semaine dernière, tu étais en céphalée. J’ai cru comprendre que tu te retournais hier soir.
Je devine ta position grâce à ton hoquet.
Tu étais en transverse ce matin… Au final tu t’es remis en siège cet après midi. J’en deviens limite blasée et je me demande comment tu trouves encore la place pour faire tes cabrioles.
Des 3 garçons, c’est toi qui a eu le plus la bougeotte.
Je suis une plainte vivante. J’ai du mal à me mouvoir…
Papa se moque de mon état et me dit que je suis Madame plainte de toutes les 30 minutes.
Bref, je suis dans l’attente. J’attends d’accoucher. Je ne peux plus rien faire d’autre…
Samedi, nous avons été à Leclerc : une expédition pire que le marathon de New-York.
Fio, ultra prévenant marchant à 3 à l’heure pour être avec son phoque de femme.
Ne le plaignez pas!!!! C’est lui qui m’a mise dans cette situation délicate!
Nous avons acheté des petites graines pour que Ruben fasse ses plantations avec papa durant le week-end. Toucher la terre lorsqu’on est un peu précieux, c’est vraiment pas le top.
En effet, Ruben déteste se salir les mains…
Hier, nous sommes allés en forêt. Après réflexion, nous avons évité le bord de mer en ce week-end de cérémonies du 70ème anniversaire de D-Day. Vu ce qu’on a entendu à la radio, nous avons bien fait car des kilomètres d’embouteillages.
Quel plaisir d’être ensemble. Ruben a joué avec les bâtons et les feuilles. Il était en pleine découverte des lieux. Nous prenant la main de manière spontanée, alors qu’il avait toute la liberté possible. Il promenait son chien avec bonheur. Un moment simple que nous avons vraiment eu un pur plaisir à partager.
Notre promenade s’est finie en apothéose. Une pluie d’orage est tombée alors que nous étions bien à deux kilomètres de marche de la voiture.
Entant que femme à terme ressemblant plus à un mammifère marin, en fin de ballade, je ne dirai pas le moment épique vécu.
J’ai même préféré dire à papa de partir devant avec Ruben, car la pluie était vraiment dense malgré la protection des arbres.
Etrangement, j’ai adoré me faire tremper de cette chaude pluie d’été.
Sentir l’odeur de cette eau tomber sur ce sol chaud de forêt. Les senteurs des arbres, fougères, mousses etc... Un pur délice.
C’est un de mes petits bonheurs quotidiens. De ceux qui sont impalpables et indéchiffrables.
J’étais en harmonie avec la nature et moi même. J’ai pris des forces morales pour les prochains jours, avec ce moment hors du temps.
Papa m’a récupéré en route. J’avoue que j’étais bien contente car communier avec la nature c’est bien mais lorsqu’on est une baleine : la voiture c’est encore mieux.
Ruben et lui étaient tout autant excités que moi par cette trempette. Boubout était heureux d’avoir pris une bonne douche, venue du ciel.
Cette marche rapide de 4km/heure, m’a valu de vilaines douleurs de fin de grossesse. Papa pensait que c’était la nuit de ton arrivée. Durant la soirée et dans mon sommeil, à chaque mouvement, je geignais de douleur. Papa n’a donc pas très bien dormi. Il attendait que je lui dise qu’on parte à l’hôpital.
En revenant sur monsieur Boubout…
Une parenthèse pour le petit être machiavélique de son état, petit despote qui est en admiration intéressée devant l’image paternelle.
Ruben est dans une période, « je t’aime, moi non plus » envers moi.
Je pense qu’il me voit comme une traitresse. Il attend que mon ventre s’en aille.
Mon côté rebondi le gonfle.
Il a très bien compris où se trouvait le dénommé Virgile et que c’est un bébé.
Néanmoins, il veut retrouver sa mère et son canapé…que je squatte de trop à l’évidence.
Il tente de jouer au trampoline sur moi. Je ne me laisse pas faire. Indéniablement… je suis pénible!
Du coup, tout son amour, admiration, tendresse et reconnaissance éternelle sont tournés vers son père.
Papa, être faible, cède tout et ne voit pas en Himmler Ruben le côté enfant capricieux. Au grand damne de la mégère apprivoisée qu’ils nomment entre eux : maman.
J’aime voir cette relation fusionnelle. Elle me remémore celle que j’avais avec crapaud. Pourtant difficile d’y trouver sa place, je comprends parfois le désarroi de Fio à l’époque.
Ruben peut se lover contre son papa, lui faire des câlins, lui dire des « je t’aime » et lui vouer admiration et écoute. Son cœur de papa n’est plus que chamallow et je trouve juste ça beau.
Papa pour tenter de me consoler me dit que Virgile, tu seras plus après moi. Nous verrons bien…
Je ne suis en rien jalouse mais un peu envieuse. En effet, Raphaël me manque et leur fusion ne me fait que de le rappeler à mon cœur de maman.
Quelques exemples montreront ma place durant la présence de « Ô grand Dieu paternel ».
Boubout et Fio sont dans le jardin. Fio passe la tondeuse avec Ruben. Ce dernier le délaisse pour offrir une pâquerette à son père, avant qu’elle ne soit tondue. J’entends alors Fio dire « Donne à maman, ça lui fera plaisir ».
Alors, arrive un petit cul, à la démarche tordue, qui me tend une fleur avec cette aimable réflexion blasée : « Tiens ! Papa veut pas ! »
Je ne noterai pas les centaines de « Papa !!!! Papa !!!!! Papa !!!!! » bourrées d’admiration, de complaintes, d’engouement et de vénération…
Ni les « Papa je t’aime!». Nous avons tous bien compris que son père c’est quelque chose…
N’évoquons pas non plus, le regard admiratif du père face à son fils qui lui dit « on est beaux » alors qu’il se trémousse nu sans couche devant le miroir…. Les bras en position musclor et la moue de charme…
Non, n’évoquons pas tout ça…
Parlons de ma place lorsque la séduction mutuelle, entre les deux coqs de la famille, n’a pas lieu.
Déjà, « Maman »… Bien 1 mois que Ruben ne m’a pas nommé ainsi devant moi.
Ce mot est employé que lorsque je ne suis pas à vue et que seul Dieu vivant peut l’entendre.
Sinon, Ruben me hèle par des papas de poissonnier. Toute la grâce caractéristique de l’ado émane en ce mot envers ma personne…
Même en circonstances délicates pour lui. Il préfère me nommer papa que d’avoir à m’appeler par ma vraie dénomination. C’est plus drôle et il voit qu’à force, je me lasse…
Il ne me parle quasiment plus qu’en présence de son père. Sauf quelques gentillesses comme les basiques « t’aime pas » émane de sa bouche.
Par contre, des nouveautés… comme lorsque je lui refuse quelque chose :
« T’es pas beau !!!! »
Oui, je vis avec narcisse…
Ma réponse : « Pas besoin d’être belle, moi je suis intelligente ! ».
Le regard de Ruben en dit long. Il sent s’être fait vanner…
D’ailleurs le « t’es pas beau », genre de réflexions stupides qui m’insupporte et qui vient de ma mère… Je ne vois pas ce que la beauté vient faire sur la question de l’obéissance ou de l’intelligence… Passons…
Je râle mais je sens bien qu’il a besoin de retrouver sa maman sans l’alien dans le bidon.
Ce rejet est juste dû au ras le bol de vivre avec un phoque.
Des moments de tendresses, inconnus entre nous deux, s’invitent dans nos têtes à tête.
Des moments que j’ai eu du mal à partager avec quelqu’un d’autres que mon crapaud. Ruben a encore réussit à forcer cette porte avec sa subtilité et patience habituelle.
Puis, le bébé dégeu, il l’aime déjà car il me fait des bisous et câlins au ventre furtivement.
Personnellement, le fait de partir à l’hôpital me fait beaucoup culpabiliser. J’ai la sensation d’abandonner Ruben comme je l’ai fait sur la fin de vie de Raphaël. J’ai peur à ses ressentis. J’ai l’angoisse qu’il pense que ce sont toujours ses frères qui ont plus d’importance. Encore une fois, je le délaisse pour un autre et à l’hôpital. Ce mélange de sentiments est difficile à gérer. La sensation de faute, le remords envers sa personne…
Je n’ai aucun regret envers la fin de vie de crapaud mais des milliards sur la première année de Boubout…
En toute honnêteté et véracité, il fallait pourtant passer par là.
Du coup, je lui explique tous les jours que le bébé va sortir de mon ventre.
Je lui rapporte qu’il sera avec papa ou nounou et qu’il me verra ainsi que son frère tous les jours.
De son côté, papa culpabilise de nous laisser avec Virgile.
Quelle famille de tordus ! ;)
A ta venue Virgile, nous évoquons beaucoup Raphaël. Très difficile pour nous de réaliser. Il nous manque énormément en ce moment. Son humour, sa présence, sa place dans notre famille. Nous sommes moins un et tu te rajoutes sans pouvoir le remplacer. Il ne te connaîtra pas… Notre plus grande douleur jamais cicatrisable.
Même Ruben, nous l’évoque. Il prend sa photo avec son frère et montre de son petit doigt : « Là, c’est crapaud et là boubout. ♥ ». C’est très émouvant pour mon cœur de maman.
J’ai fait beaucoup de travail sur moi-même durant ces derniers mois.
Je pourrai même dire que je suis fière de moi.
Je me sais encore affaiblie. Néanmoins, chaque jour, j’avance.
J’ai très peur de ta venue. Je suis effrayée par ma chute d’hormones, de ne pas contrôler mes sentiments et angoisses. J’ai parfois peur que le malheur s’abatte encore sur nous.
Pourtant, je sais que durant 4 mois, je pourrai t’avoir tous les jours contre moi. Vivre en fusion avec toi.
La maladie ne me volera pas ce qu’elle m’a extorqué avec Ruben …
Ta naissance.
Nous t’attendons.
Quel choc de voir ce chiffre…
J’ai du mal à réaliser.
Je sais que dans maximum x jours, nous nous rencontrerons obligatoirement.
Je suis contente que tu ais bien voulu attendre le passage des commémorations du 6 juin. J’avais beaucoup d’angoisses à ce que tu viennes ce jour. Les routes étaient impraticables, pour nous civiles. Papa aurait eu un mal de chien à venir me chercher à temps. Les pompiers auraient sûrement dus m’accompagner. La galère pour la garde de Ruben. Juste pour cela : Merci !
Je suis actuellement dans un état d’esprit un peu spécial.
En toute honnêteté, j’ai du mal à me supporter moi-même.
J’ai la sensation d’être tout le temps de mauvaise humeur.
Chouineuse, lunatique et à subir tout ce qui se passe autour de moi. Je rentre dans ma carapace. J’ai de plus en plus de mal à ce que l’on pénètre dans mon espace vital.
J’ai peur qu’on tape mon ventre, qu’on me fasse mal, qu’on me bouscule. Je me méfie de tout ce qui pourrait mettre mon ventre en danger. Je suis ultra stressée en voiture, par les gens dans les magasins, par le jouet à terre invisible qui pourrait causer ma chute…par tout!
Je pourrais me comparer à un animal qui cherche l’endroit tranquille pour mettre bas.
Mon corps se prépare.
J’ai aussi d’atroces et douloureuses montées de lait… qui ne me serviront à rien. Moi la non allaitante de base et fière de l’être sature (la leche league ait pitié de moi, je suis déjà, pour ma propre famille, une Judas).
Ce week-end, le beau temps était enfin là. L’œdème l’a accompagné.
Je serai discrète sur son emplacement. Ma démarche de Lucky Luke n’est pas seulement dû à celui qui se trouve à mes chevilles… :P
Je suis tout le temps fatiguée. D’ailleurs, je me réveille épuisée. Pourtant impossible de faire la sieste. Sinon, je le paie la nuit avec des insomnies qui me tiennent éveillées.
Virgile, tu t’amuses à encore te retourner, dans tous les sens. Depuis trois jours, tu es de nouveau en siège alors que la semaine dernière, tu étais en céphalée. J’ai cru comprendre que tu te retournais hier soir.
Je devine ta position grâce à ton hoquet.
Tu étais en transverse ce matin… Au final tu t’es remis en siège cet après midi. J’en deviens limite blasée et je me demande comment tu trouves encore la place pour faire tes cabrioles.
Des 3 garçons, c’est toi qui a eu le plus la bougeotte.
Je suis une plainte vivante. J’ai du mal à me mouvoir…
Papa se moque de mon état et me dit que je suis Madame plainte de toutes les 30 minutes.
Bref, je suis dans l’attente. J’attends d’accoucher. Je ne peux plus rien faire d’autre…
Samedi, nous avons été à Leclerc : une expédition pire que le marathon de New-York.
Fio, ultra prévenant marchant à 3 à l’heure pour être avec son phoque de femme.
Ne le plaignez pas!!!! C’est lui qui m’a mise dans cette situation délicate!
Nous avons acheté des petites graines pour que Ruben fasse ses plantations avec papa durant le week-end. Toucher la terre lorsqu’on est un peu précieux, c’est vraiment pas le top.
En effet, Ruben déteste se salir les mains…
Hier, nous sommes allés en forêt. Après réflexion, nous avons évité le bord de mer en ce week-end de cérémonies du 70ème anniversaire de D-Day. Vu ce qu’on a entendu à la radio, nous avons bien fait car des kilomètres d’embouteillages.
Quel plaisir d’être ensemble. Ruben a joué avec les bâtons et les feuilles. Il était en pleine découverte des lieux. Nous prenant la main de manière spontanée, alors qu’il avait toute la liberté possible. Il promenait son chien avec bonheur. Un moment simple que nous avons vraiment eu un pur plaisir à partager.
Notre promenade s’est finie en apothéose. Une pluie d’orage est tombée alors que nous étions bien à deux kilomètres de marche de la voiture.
Entant que femme à terme ressemblant plus à un mammifère marin, en fin de ballade, je ne dirai pas le moment épique vécu.
J’ai même préféré dire à papa de partir devant avec Ruben, car la pluie était vraiment dense malgré la protection des arbres.
Etrangement, j’ai adoré me faire tremper de cette chaude pluie d’été.
Sentir l’odeur de cette eau tomber sur ce sol chaud de forêt. Les senteurs des arbres, fougères, mousses etc... Un pur délice.
C’est un de mes petits bonheurs quotidiens. De ceux qui sont impalpables et indéchiffrables.
J’étais en harmonie avec la nature et moi même. J’ai pris des forces morales pour les prochains jours, avec ce moment hors du temps.
Papa m’a récupéré en route. J’avoue que j’étais bien contente car communier avec la nature c’est bien mais lorsqu’on est une baleine : la voiture c’est encore mieux.
Ruben et lui étaient tout autant excités que moi par cette trempette. Boubout était heureux d’avoir pris une bonne douche, venue du ciel.
Cette marche rapide de 4km/heure, m’a valu de vilaines douleurs de fin de grossesse. Papa pensait que c’était la nuit de ton arrivée. Durant la soirée et dans mon sommeil, à chaque mouvement, je geignais de douleur. Papa n’a donc pas très bien dormi. Il attendait que je lui dise qu’on parte à l’hôpital.
En revenant sur monsieur Boubout…
Une parenthèse pour le petit être machiavélique de son état, petit despote qui est en admiration intéressée devant l’image paternelle.
Ruben est dans une période, « je t’aime, moi non plus » envers moi.
Je pense qu’il me voit comme une traitresse. Il attend que mon ventre s’en aille.
Mon côté rebondi le gonfle.
Il a très bien compris où se trouvait le dénommé Virgile et que c’est un bébé.
Néanmoins, il veut retrouver sa mère et son canapé…que je squatte de trop à l’évidence.
Il tente de jouer au trampoline sur moi. Je ne me laisse pas faire. Indéniablement… je suis pénible!
Du coup, tout son amour, admiration, tendresse et reconnaissance éternelle sont tournés vers son père.
Papa, être faible, cède tout et ne voit pas en Himmler Ruben le côté enfant capricieux. Au grand damne de la mégère apprivoisée qu’ils nomment entre eux : maman.
J’aime voir cette relation fusionnelle. Elle me remémore celle que j’avais avec crapaud. Pourtant difficile d’y trouver sa place, je comprends parfois le désarroi de Fio à l’époque.
Ruben peut se lover contre son papa, lui faire des câlins, lui dire des « je t’aime » et lui vouer admiration et écoute. Son cœur de papa n’est plus que chamallow et je trouve juste ça beau.
Papa pour tenter de me consoler me dit que Virgile, tu seras plus après moi. Nous verrons bien…
Je ne suis en rien jalouse mais un peu envieuse. En effet, Raphaël me manque et leur fusion ne me fait que de le rappeler à mon cœur de maman.
Quelques exemples montreront ma place durant la présence de « Ô grand Dieu paternel ».
Boubout et Fio sont dans le jardin. Fio passe la tondeuse avec Ruben. Ce dernier le délaisse pour offrir une pâquerette à son père, avant qu’elle ne soit tondue. J’entends alors Fio dire « Donne à maman, ça lui fera plaisir ».
Alors, arrive un petit cul, à la démarche tordue, qui me tend une fleur avec cette aimable réflexion blasée : « Tiens ! Papa veut pas ! »
Je ne noterai pas les centaines de « Papa !!!! Papa !!!!! Papa !!!!! » bourrées d’admiration, de complaintes, d’engouement et de vénération…
Ni les « Papa je t’aime!». Nous avons tous bien compris que son père c’est quelque chose…
N’évoquons pas non plus, le regard admiratif du père face à son fils qui lui dit « on est beaux » alors qu’il se trémousse nu sans couche devant le miroir…. Les bras en position musclor et la moue de charme…
Non, n’évoquons pas tout ça…
Parlons de ma place lorsque la séduction mutuelle, entre les deux coqs de la famille, n’a pas lieu.
Déjà, « Maman »… Bien 1 mois que Ruben ne m’a pas nommé ainsi devant moi.
Ce mot est employé que lorsque je ne suis pas à vue et que seul Dieu vivant peut l’entendre.
Sinon, Ruben me hèle par des papas de poissonnier. Toute la grâce caractéristique de l’ado émane en ce mot envers ma personne…
Même en circonstances délicates pour lui. Il préfère me nommer papa que d’avoir à m’appeler par ma vraie dénomination. C’est plus drôle et il voit qu’à force, je me lasse…
Il ne me parle quasiment plus qu’en présence de son père. Sauf quelques gentillesses comme les basiques « t’aime pas » émane de sa bouche.
Par contre, des nouveautés… comme lorsque je lui refuse quelque chose :
« T’es pas beau !!!! »
Oui, je vis avec narcisse…
Ma réponse : « Pas besoin d’être belle, moi je suis intelligente ! ».
Le regard de Ruben en dit long. Il sent s’être fait vanner…
D’ailleurs le « t’es pas beau », genre de réflexions stupides qui m’insupporte et qui vient de ma mère… Je ne vois pas ce que la beauté vient faire sur la question de l’obéissance ou de l’intelligence… Passons…
Je râle mais je sens bien qu’il a besoin de retrouver sa maman sans l’alien dans le bidon.
Ce rejet est juste dû au ras le bol de vivre avec un phoque.
Des moments de tendresses, inconnus entre nous deux, s’invitent dans nos têtes à tête.
Des moments que j’ai eu du mal à partager avec quelqu’un d’autres que mon crapaud. Ruben a encore réussit à forcer cette porte avec sa subtilité et patience habituelle.
Puis, le bébé dégeu, il l’aime déjà car il me fait des bisous et câlins au ventre furtivement.
Personnellement, le fait de partir à l’hôpital me fait beaucoup culpabiliser. J’ai la sensation d’abandonner Ruben comme je l’ai fait sur la fin de vie de Raphaël. J’ai peur à ses ressentis. J’ai l’angoisse qu’il pense que ce sont toujours ses frères qui ont plus d’importance. Encore une fois, je le délaisse pour un autre et à l’hôpital. Ce mélange de sentiments est difficile à gérer. La sensation de faute, le remords envers sa personne…
Je n’ai aucun regret envers la fin de vie de crapaud mais des milliards sur la première année de Boubout…
En toute honnêteté et véracité, il fallait pourtant passer par là.
Du coup, je lui explique tous les jours que le bébé va sortir de mon ventre.
Je lui rapporte qu’il sera avec papa ou nounou et qu’il me verra ainsi que son frère tous les jours.
De son côté, papa culpabilise de nous laisser avec Virgile.
Quelle famille de tordus ! ;)
A ta venue Virgile, nous évoquons beaucoup Raphaël. Très difficile pour nous de réaliser. Il nous manque énormément en ce moment. Son humour, sa présence, sa place dans notre famille. Nous sommes moins un et tu te rajoutes sans pouvoir le remplacer. Il ne te connaîtra pas… Notre plus grande douleur jamais cicatrisable.
Même Ruben, nous l’évoque. Il prend sa photo avec son frère et montre de son petit doigt : « Là, c’est crapaud et là boubout. ♥ ». C’est très émouvant pour mon cœur de maman.
J’ai fait beaucoup de travail sur moi-même durant ces derniers mois.
Je pourrai même dire que je suis fière de moi.
Je me sais encore affaiblie. Néanmoins, chaque jour, j’avance.
J’ai très peur de ta venue. Je suis effrayée par ma chute d’hormones, de ne pas contrôler mes sentiments et angoisses. J’ai parfois peur que le malheur s’abatte encore sur nous.
Pourtant, je sais que durant 4 mois, je pourrai t’avoir tous les jours contre moi. Vivre en fusion avec toi.
La maladie ne me volera pas ce qu’elle m’a extorqué avec Ruben …
Ta naissance.
Nous t’attendons.