Le Blog de Le phoenix et Le dragon

J+5030

Carpe Diem
« Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain ».















Mon quotidien
Lorsque la neige fond...
Le paradis blanc.
Chez toi...ces jours là.
Et tel le Phoenix...
Des mots et des maux...
Tout ça, c'est de ta faute!
Le début de l'aube.
3 semaines.
Si maman si... Maman, si tu voyais ma vie...
IRM.
Dernières nouvelles du Phoenix et du Dragon.
Make a wish 5.
Bilan des 100 premiers jours du président dragon !
Sapin de Noël
Souris !
J’adooooooooore !

Les Présentations
Nathou et Fio. Les parents.
Le Dragon.
Le Phoenix.

Mes rendez-vous
Lettre ouverte à un médulloblastome.
Lettre ouverte à mon Ruben.
Une après midi à la maison.
Il neige au paradis...
Mon 1er pot.
Mauvaises nouvelles.
Le Phoenix rayonnera sûrement...
Make a wish 3
Make a wish 2
Le 29 novembre 2012.
Demain, le 29 novembre 2012
Lettres au Père Noël
Make a wish

Le jour J
Le Phoenix en cendres.
Après 16h15…
4 ans, 4 mois, 18 jours et 5 heures de vie…
Le 27/10/2008.
Mon anniversaire.
Il y a un an…

Divers
Lettre ouverte à ma moitié.
La fête des mamans...
2 mois. Le 17 mai 2013.
Et après...
Petit jeu.
Il y a 5 ans.
Vous êtes des merveilles.
Une bonne décision de prise!
Une jolie rencontre.
Mi Figue. Mi Raisin.
L'effet papillon
Le 1er Noël de Ruben.
Noël de crapaud.
Hommage aux copinautes.
Make a wish ou la réalisation d’un vÅ“u.
Bon anniversaire Fio et Ruben!
Elise, Lui ...et Léa
J’aime ou pas.


Le Phoenix en cendres.
Ce post n’est pas un règlement de compte. Juste un ressenti, mon vécu, à cet instant…
Toi, moi, nous… Les derniers moments avec ton petit corps sans vie…
Nos aux revoir loin d’être glorieux…
Ma colère d’être en colère, ces jours là….

Je n’ai aucun regret.
Peut être que certains si…

Je pardonnerai, lorsque tu me le diras là haut….
Ou plus tard, l’apaisement faisant….

18 mars 2013.

Je ne vais pas mentir. J’ai bien dormi cette nuit… L’épuisement a pris le dessus.
Pourtant, je me réveille souvent en pleurs… Je fais aussi des crises de somnambulisme.
Me retrouvant, entre rêve et réalité…dans les toilettes par exemple…
Chiant littéralement les fleurs qu’on veut m’imposer dans cette église.
Demandant de l’aide pour cet accouchement floral… Complètement fou… Sûrement…
Mais qui ne le deviendrai pas ?
Pourtant, je me sens libérée car tu l’es enfin.
Je ne réalise pas vraiment...

Aujourd’hui, je vais emmener beaucoup de monde te voir, pour leurs adieux...
Tes deux paires de grands-parents, tes infirmiers, ta marraine, l’oncle et tante de papa.
Ton parrain et tonton Sacha, accompagnés par le parrain de Ruben, arriveront trop tard pour te voir.
Ton parrain te verra le lendemain matin, avant la mise en bière.

Ce matin, tes grands parents paternels viennent pour te découvrir, préparé pour ton départ. Nous devons les conduire à ta chambre funéraire. Ce sont eux qui se sont invités de bon matin. Alors que nous n’avons pas encore récupéré les clés chez les pompes funèbres…
Nous devons aussi commander au fleuriste.
Je ne veux aucunes fleurs coupées. Les seules seront un cœur de roses et lys blancs posés sur ton cercueil blanc…offertes par nous 3 pour toi…

A leur arrivée, tes grand parents pensent partir seuls avec papa, sans Ruben ni moi...

Le temps que je nous prépare, ton grand père agresse ton père…

En effet, papa dit son mécontentement que tout le monde soit prévenu, non pas par nous.
Plus tard, nous apprendrons que mamy avait téléphoné de sa voiture, se présentant comme Madame L., sans préciser que ce n’était pas moi. Elle pleurait un : « Raphaël est mort », puis raccrochait directement au nez de l’interlocuteur. Ceci alors que cela ne faisait pas une demi-heure que tu étais parti.
Choquant au passage, certaines personnes, me croyant l’initiatrice de ce coup de fil.

Papa aura, comme réponse, un rugissement. Papy affirme que c'est à eux de décider, que nous sommes des foutes merdes et que nous avons rejeté tout le monde autour de nous...
Terrible mensonge… Qu’il est facile de dire que nous rejetions les autres alors que tout le monde nous ignorait… Nous fuyant comme la peste…
Car le malheur est contagieux. Nous l’avons appris cela…
Comme le cancer. Comment il l’a attrapé ? Combien de fois, nous l’avons entendu…

Je suis à l’étage. J’entends cette humiliation qui n’a pas lieu d’être. Surtout envers mon mari, ce papa extraordinaire qu’il est, mon pilier. J’ai les mains qui tremblent de rage.
Il n’a pas le droit de lui gronder dessus. Pas aujourd’hui, pas ici…
Je reprends mon calme avant de descendre.

Une fois en bas, il tente de faire pareil avec moi en me hurlant dessus et m'intimidant.
Ton âme mon crapaud est encore ici. Ton lit à ma vue.
La rage m’emporte… Une colère froide… voir glaciale…
J’ai trop arrondi les angles. Je ne peux plus…
Je lui montre qu'il ne m’impressionne pas. Je lui fais face...
Il tente de me faire reculer. Je ne bougerai pas d’un iota.

Je lui explique qu’il se doit de baisser d'un ton quand il me parle. Ce n’est ni le lieu ni le moment, en lui montrant ton lit médicalisé du regard. Il est chez moi ici. Il me doit respect sous mon toit. Tout, ce que je lui dis, m’est répété en écho.
Je lui montre la porte.
Il commence à lever la main pour me gifler. Je ne bouge pas d’un centimètre.
Qu’il ne me loupe pas, car je ne le louperai pas…

Fio s'interpose, voyant la scène se faire à la dernière seconde.
Ce n’est plus son fils, plus l’enfant à la recherche du père.
Il est devenu mon mari. Le père de mes enfants.
Toutes ses années d’humiliation envers lui, moi, nous : terminées. Fio a compris qu’il y a un choix à faire. Il le décide de lui-même. Il choisi la mariée trainée, ayant poussé son ainé dans le tombeau, et son batard de fils…

Il hurle que je ne suis plus conviée chez lui. Il aboie qu’il se rentre, obligeant mamy à venir avec lui.
Mamy, dans un cri de douleur, pleure "Je veux voir mon petit fils".
Sur le coup, elle m'a fait mal. Prise entre deux feux…

Elle reste alors chez moi, totalement déboussolée. Papa lui dit qu'il l'emmènera.

Plus qu’agacée, fâchée et blessée, j’affirme que cela fait des mois que je supporte les comportements et lubies de chacun, mais qu'à partir d'aujourd'hui fallait arrêter de m'emmerder.

Ta mamy s’en va…

Nous continuons de nous préparer avec papa. Son téléphone sonne. Les deux nous attendent dans leur voiture.

Je ne les empêcherai pas de te voir. Ils te diront adieux.
Je veux pouvoir me regarder dans un miroir. Je resterai droite dans tes bottes, jusqu’à la fin.
J’ai accepté beaucoup pour toi. Je ne leur enlèverai pas ce moment là…
Par contre… Plus jamais cela…
J’ai mis une croix sur lui. A la prochaine incartade, c’est elle qui vire de ma vie…


Après notre tour, chez le fleuriste et les pompes funèbres, nous les retrouvons près de la chambre, où ils nous attendent.
Une petite pièce qui donnait à même la rue, avec un christ plus grand que toi, mon amour…
Les derniers mots que je prononce à ton grand père sont : « soit tu sors ou tu rentres, mais fermes la porte je ne veux pas que mon fils soit exposé à la vue de tous. »
Car porte grande ouverte…jour de marché… comme si tu allais lui sauter dessus…

En début d’après midi, tes infirmiers viendront te voir.

Ensuite tes autres papy et mamy.
Mamy pleure de tout son saoul. En t’embrassant, elle te confie qu'elle avait promis de ne plus jamais embrasser un mort.
Je l'ai toujours entendu dire ça. Elle avait été choquée par le froid, sur ses lèvres, après un baiser à la main de sa mère. Maman qu’elle avait perdue à 16 ans. Puis pour la première fois en 32 ans, j'ai entendu ma mère dire « maman ». Elle parle à sa mère, avec ce mot d'enfant, ce mot d'amour.

J'ai deviné alors que c'était elle qui était venue te chercher mon fils...

Pour ma part, lorsque je t’embrasse, j’ai les lèvres qui brûlent malgré le froid de ton corps.
Tu es froid comme de la neige et tu laisses le feu sur ma bouche… Mon Phoenix…


C’est en emmenant ta marraine te voir que je réalise…
Celle qui t’a acheté ton costume… Je craque en sanglot…
Crapaud, tu es si magnifique. Tu ressembles à un bébé vampire.
Tu souris en biais, tel le Joker… Content de ta dernière blague …

Papa accompagnera son oncle et sa tante.
Tu auras entre-ouvert tes jolis yeux, entre la visite de ta marraine et celle de tes tonton et tata. Mais de manière très légère.
Comme pour dire que tu l’avais bien vu, ta reine.

Ton parrain arrivera en soirée, du train.

19/03/13

Très glauques mes pensées nocturnes… je n'ai pas arrêté de cauchemarder de ta décomposition cette nuit. Preuve que j'ai bien fait de te faire partir dans les flammes, tel un Phoenix. Je n’aurai pas supporté que quelqu’un d’autre te mange encore… Assez que ce vilain crabe…

La mise en bière, mon crapaud, se fait à 9h45.
Je vois ce corbillard. Avec ce petit cœur blanc orné de lys et de roses…
Puis, plus tard, toi entouré de tes draps choisis dans l’amour…
Mes baisers entre ton front et l’arrête de ton nez… Plus jamais, je ne pourrai embrasser Ruben ainsi, sans y penser.
Je te remets ma perle de Tahiti consciencieusement. Je veux être la dernière à te toucher…
C’est ta main gelée que je caresserai en dernier.

Lorsqu’on t'a mis en bière, la dame des pompes funèbres m'a expliqué que c'était très rare qu'un mort ne bouge pas, de comment on l'avait mis...
Elle m'a dit que tu avais une « aura ».
Elle m'a avoué qu'elle ressentait ça rarement...

Je ne te bénirai pas… Tu n’es plus qu’un petit corps… Dieu n’a pas besoin de cela, pour t’ouvrir grand ses bras… Tu es déjà un ange, mon Raphaël… L’âme pure de l’enfant.

Ruben dort dans son cosy. Toi dans ce cercueil blanc…
Mes deux enfants se reposent mais pas de la même façon…


Nous partons à l'église pour une bénédiction à 10h30.
Lors de notre arrivée, une foule. Je vois des visages qui n’ont rien à faire là…
Trop de monde…
Les suceurs de sang, de sangsues de malheur, ne sont pas restés chez eux. J’aurais même droit aux pleureuses…
Dont une qui pleure plus que moi et qui demande « qui a eu l’audace d’emmener un enfant à l’église ??? », montrant Ruben…
Merci Zabou d’avoir répondu qu’il avait plus sa place qu’elle…

J’arrive, je fends la foule, sans saluer personne. Je veux juste rejoindre mon fils, qui est caché dans son cercueil blanc, à l’intérieur d’un fourgon noir…

L’église est celle de ton baptême… celle de celui de Ruben… devenue maintenant celle de ton inhumation religieuse…

Je vois ma mère… Je fonds en larme. Ta Reine et la femme de Mickey me rejoignent. Toutes 4 en larmes, dans les bras les unes des autres… Mamy nounou viendra aussi m’embrasser les larmes de douleurs, aux joues…

Mon beau père ne me saluera pas, ni ma belle mère.
Mon cher beau frère te bénira comme dit la marraine de Ruben, avec un sceau de merde...
Il en choquera plus d’un… même des personnes non catholiques…
Il m'aurait craché à la gueule, c'était pareil...
Ma belle mère suppliant ma belle soeur de le soutenir car elle a peur qu’il tombe.
Lorsque j’ai appris ça, j’avais juste envie de hurler … Mais qui soutient Fio ?

Crapaud, tu devais savoir ce qui se passerait pour mourir ce jour là...
Je suis en colère, d'être ne colère. Pas ce jour… C’est impensable.
Mon cher beau frère m’embrassera après sa bénédiction des plus misérables…

A-t-il eu peur du regard de Dieu ?
Dieu est partout. Pas seulement dans cet édifice de pierre…

Il ne me dira pas au revoir au crématorium, me passant devant de manière pédante et méprisante… et n’embrassera toujours pas Ruben de la journée…

L'église était pleine, d'étrangers. Je croise le regard de mon beau père, ton grand père, qui me fixe noir.
Je baisse les yeux. Non pas par honte, ni renoncement… J’évite la provocation…
Je suis juste en colère d’être en colère… Phrase qui me poursuivra durant des jours…
Il n’est plus…Il n’existe plus… Il est personne…
Il est comme mort.

Ne pas respecter sa mère, ce n'est pas respecter l'enfant...
Ils m’ont volé cet instant... celui de nos adieux.


Le prête fait son sermon sur l’injustice de ton départ.
J’ai envie de crier que non ce n’est pas injuste. C’est juste cette maladie qui est horrible !
Tu as eu la chance dans ton malheur de vivre dans un pays développé, avec l’accès aux soins. Tu as eu le droit à tous la prise en charge possible…
Tu as eu la possibilité d’avoir des antis douleurs puissants.
Combien d’enfants n’ont pas cette éventualité sur cette planète ?
Combien d’enfants meurent de faim, de soif, devant leur mère impuissante ?
Je me tais car je sais que je serais juste incomprise…
Pourtant, j’ai juste envie d’hurler : LA VIE EST BELLE ! C’est crapaud qui l’a dit !



Des gens viennent saluer mes beaux parents. Nous ne les connaissons pas.
Beaucoup d’inconnus.
Ils nous passent devant sans même un regard ou une poignée de main…

Je suis dans un autre monde…

Une église remplie d’inconnus, de sangsues de malheur venues se faire voir, de pleureuses…

Par contre, de belles surprises…
Des gens dont je ne m’attendais pas à voir. Des personnes que tu respectes, des femmes et hommes qui t’ont aidé. Il y aussi des êtres pour qui j’ai une énorme tendresse… Pour certains à tout jamais car ils t’ont accompagné durant des mois… Des amis qui ne nous ont pas tournés le dos… La famille qui mérite d’être plus présente que celle du sang.
Un vrai malheur partagé face à la perte d’un petit garçon exceptionnel.
Des individus qui nous ont permis de rester tous les 4, ensemble jusqu’au bout…
D’autres qui n’ont pas pu venir mais qui nous glisse un message par leur représentant…
Merci à eux.

Je crois même que l’une d’entre vous était là…

Puis une tendre pensée pour une personne qui m’a dit oui, pour que je puisse rester tout contre toi… et qui m’a aidé à descendre les marches du perron de cette maudite église…


Arrivée au crématorium à 12h.
L’entrée est encore entourée de neige…alors qu’il n’y en a plus nulle part… Comme si…

Dire que j’ai travaillé ici, durant un été…
Je pense à ces parents ayant perdu un enfant, noyé durant ses vacances…
Ils m’avaient touché par leur discrétion, leur dignité.

Ils étaient venus un matin lui dire adieu…
Ce midi là, c’est moi…
Le malheur n’arrive pas qu’aux autres…

U2 résonne dans la salle de recueillement. Les portes s’ouvrent, laissant apparaître ton petit cercueil blanc…
Un frisson me parcourt. Je suis certaine que tu aurais adoré cette mise en scène…
Je t’imagine avec ton petit sourire en coin…
J’avais hésité avec Queen… un de tes autres groupes préférés.

Puis, nous écoutons l’Ave Maria de Schubert.
Tu étais également si sensible au lyrique… La chanson de ton baptême.

Ruben nous soutient. C’est lui qui nous empêche de nous écrouler. Nous gratifiant d’un sourire à chaque personne qui commence à craquer.
Mon bébé a le visage mangé d’eczéma… Ayant pris mon hurlement de ton départ, en pleine figure.

Nous te disons au revoir sur Petite Marie de Cabrel. Le souvenir d’un câlin-lit tous les deux, où tu me demandes de te la chanter. Ce fameux mercredi matin où tu as si mal à la tête. Le mercredi de ta dernière hospitalisation. J’embrasse ces planches de bois avec tant d’amour. Cette plaque avec ton nom et deux dates. Si je pouvais l’enlacer…

Ton cercueil part de la pièce sur Tu ne verras plus l’hiver de Linda Lemay.
J’ai l’image gravée à jamais de toi partant. Du cri de ma mère t’appelant pour te retenir…

Nous sommes invités à partir sur bébé d’amour d’Henri Dès.

Tes musiques, pour les derniers moments de ton enveloppe terrestre…
Toi qui avais des goûts si éclectiques…

Je sors. J’embrasse cette neige.
Vous êtes autant froid l’un que l’autre. Mes lèvres me brûlent.

La mamy de papa vient me dire au revoir, après que son fils et son mari soient passés devant moi, me méprisant et sans un salut.

Elle me pleure des « Oh ma fille… ».
Je lui dis qu’elle est encore accueillie chez moi. Malgré tout…
Elle me rétorque « c'est le jour du grand pardon » aujourd'hui.
Non, il y a des choses impardonnables… dont cette phrase…

Je suis la maman du crapaud. C’est comme lui cracher dessus de faire ça…
Je me suis perdue en le perdant, dans cet accompagnement. Je ne mérite pas cela… et surtout LUI ne le mérite pas. Il n’aurait pas du tout accepté cela.

Nous rentrons chez nous, accompagnés de nos très proches.
Nous mangeons un bout tous ensemble. Nane a rempli notre frigo vide.

Papa sort une bouteille de vin rouge. Il demande qui veut en boire.
Cette bouteille est particulière. Elle a été achetée pour ta naissance.
Elle porte le nom de « Le chevalier L. (notre nom de famille) ».
Papa voulait l’ouvrir pour un grand événement, tel ton mariage ou la naissance d’un de tes enfants…
Tout le monde lui fait honneur. Nous trinquons tous en ton nom. Notre chevalier…
Je ne sais pas pourquoi, je regarde l’heure. Il est 15h30.
J’apprendrai demain que c’est l’heure où mon Phoenix s’est mis en flammes…

20/03/13.

La journée a été difficile.
J'ai dispersé tes cendres mon crapaud au jardin des anges.

Je pouvais te mettre dans celui des souvenirs, mais j'ai préféré te mettre avec les enfants, surtout les bébés. Enfin, tu pourras jouer, courir, rire, chanter. Tu ne seras plus seul, mon amour…

Ce qui m'a décidé de te mettre là bas, mon grand bonhomme, c'est qu'il y avait quelqu’un qui venait de se faire disperser il y a peu de temps...
Du coup, il y avait une énorme gerbe de fleur avec une épitaphe : UMP Calvados.
Sans aucun préjugé politique, juste l'idée... Non!!!!!
L’image de mettre mon crapaud avec un gros monsieur pervers type DSK (je sais, il est PS… mais voilà ma représentation de cette gerbe, à l’instant T), je ne peux pas. Cela m’est juste insupportable.
C’était peut être une femme géniale et droite. Mais cette notion politicarde avec toi m’est impossible. Tu es si loin de tout ça…
Accrochée à mon urne en carton, je pleure au législateur : « Mon fils a un nom d'ange. Il s'appelle Raphaël et il n'a que 4 ans... C’est un ange, il doit aller avec les autres anges. »
Autant chamboulé que moi, il nous amène tous les 4, aux jardins des anges.

Papa me laisse disperser tes cendres.
Je te glisse des mots d’amour …
« Poussière, tu redeviendras poussière. »

Puis, les mots de ma vengeance :
« Je t’ai cramé, Salope ! »

J’embrasse mes mains remplies de toi.

Le ciel pleure...
Mon coeur pleure...

Nous allons chez la maman de la marraine de Ruben. Je demande d’aller me laver les mains dans la salle de bain… Il est hors de question de laisser partir un bout de toi dans un évier de cuisine…

Au moment de nos aux revoir, avec la marraine de Ruben, je lui dirais ses mots :
« Je viens de faire quelque chose d’impensable Mimie… Aujourd’hui, j’ai dispersé les cendres de mon fils. ».

« L'écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n'existons plus pour personne. De là sa magie, sa divine hérédité. »
de Georges Perros.
Extrait des Papiers collés

Montage créé avec bloggif
Message déposé le 22.07.2013 à 18:44 - Commentaires (38)


Après 16h15…
Emmanuel, ton infirmier est arrivé en 1er. Je me souviendrai toujours de son expression, avec toi décédé contre moi, dans ce lit médicalisé…
Tu te refroidis si vite…
Il repère le linge sous le menton, étonné.
Puis, Hubert, habitant à 40 min, arrive un peu plus tard…
Tes deux infirmiers, ceux qui t’ont suivi durant ces 15 mois de combat, vont te préparer pour ton dernier voyage.

Comme je leur écrirai plus tard…
Tu es né dans l’indifférence et la froideur d’une clinique. Tu es décédé dans l’amour, le respect et la chaleur de ton foyer. Ceci, grâce à eux.

Ils me demandent différentes choses… Comme de la vaseline, une couche pour te préparer…
Ils m’interrogent de quoi faire des draps. Je leur dis de tout jeter. Ce vomito negro qui a tout taché… Je ne veux plus jamais le revoir en autre occasion…
Je leur donne le sac de tes vêtements. Les étiquettes ne sont pas enlevées. Je n’en ai jamais eu le courage. Il y a les chaussures, les bijoux de ton baptême, du gel pour tes cheveux et du parfum Hugo Boss… Les dernières gouttes pour toi…pour cette dernière fois.
Puis qu’ils jettent aussi boites et produits lorsqu’ils auront fini.
Je leur remets aussi ma perle de Tahiti. Tu partiras avec, dans l’autre monde, comme je te l’avais promis. Voici plusieurs jours que je l’ai enlevé d’autour de mon cou pour toi. Tu t’envoleras avec cette perle noire, à laquelle tu m’identifies, au creux de ta main, entourée de ma chaine.
Ce bijou m’avait été offert par ton père, pour notre premier anniversaire de mariage…
Cette perle est conçue dans le cerveau d’un dragon, selon la légende…

Tes infirmiers à domicile me demandent deux couvertures pour mettre sur toi. Pour te présenter.
J'étais totalement perdu. Je leur demande quoi comme couverture. Un drap blanc?
Ils me répondent : « soyez-vous... Emmenez spiderman! ».

Je suis montée à l’étage… Perdue, complètement déroutée.
Arrivée dans ton linge, partie pour prendre Mickey, j'ai vu ton plaid Buzz l'éclair, offert par Smina.
J'y ai vu tout son amour... Ta Valentine 2013…Ses prières...L'effet papillon...
Tout s’entremêlait… C’était juste une évidence.
Voyant comment tu étais présenté, la dame des pompes funèbres m’a proposé de te laisser tel quel. Nous avons accepté. Crapaud, tu n'as pas eu de capiton dans son cercueil.
Tu es parti avec un drap de mon enfance, avec des représentations de Mickey et Minnie au cinéma et à hollywood en dessous de toi. Tes oreillers cars et némo, ainsi qu’une couverture grise pour te maintenir les pieds. Pour te couvrir : Buzz l'éclair…

Ensuite, je t’écris une lettre d’amour. Des mots que je veux que tu emmènes pour toujours avec toi…
Où il a d’inscrit, en conclusion, l’ironie de la signification de ton prénom…
Raphaël : « Dieu a guérit. »
Car enfin, il s’est décidé à te prendre, à te soulager…
Cette missive a été mise, par tes infirmiers, dans la poche de ton veston.

Je suis avec vous 3 dans la salle. Tes grands parents arrivent. Tes soignants me demandent de partir… Je ne veux pas aller dans la cuisine. Je veux rester jusqu’au bout avec toi… Ils me l’imposent. Ils ne veulent pas que je vois tes derniers soins… Merci à eux de m’avoir évincé sur cette dernière ligne droite… Déjà trop d’images en tête, pour avoir celles-ci en plus…

Pourtant, je les supplie… Mais rien y fait… Même la carte belle mère ne changera rien…

Je ne veux pas voir celle qui crie à qui veut l’entendre que je t’ai poussé dans la tombe ou qu’au contrario, nous en rajoutons sur ton cas. Préférant faire un repas chez un ami et venir à 17h à l’hôpital, faire les adieux… car « on était invité à déjeuner.»…
Celle qui me dit qu’« ELLE » ne se fera jamais à la mort d’un enfant… alors que je suis collée à toi, mourant, dans ton lit d’hôpital…
Je ne veux pas… Je ne peux pas…

Tant de monde, à mon arrivée dans cette cuisine… J’en ai la tête qui tourne.
Puis, l’infirmier me prévient qu’il y a quelqu’un qui frappe à notre porte.
A mon entrée, celui à qui tu as volé cet anniversaire et sa compagne. Cette dernière vient chez moi, pour la 1ère fois et en ce jour.
Mais que foutent-ils tous là ????
J’ai juste envie de refermer la porte du garage et de les laisser planter devant ma porte d’entrée…
Il rentre chez moi et n’embrasse même pas Ruben. Etres inintéressants qui ne voient pas ma merveille. Zabou, Lili et moi sommes juste choquées, par cette attitude coloniale, si chère à cette famille !
Des questions déplacées envers la présence de Zabou sont posées.

Le téléphone de papa sonne. C’est ta grand-tante qui demande notre adresse. Une personne qui ne s’est jamais inquiétée de toi. Quelqu’un qui t’a croisé 3 fois dans ta triste vie… .
Voilà, à peine ¾ d’heure que tu es décédé et la moitié de la planète est déjà au courant ?
Mais qui a osé ? Je suis folle de rage. Je suis juste furieuse…

Je file dans le garage. Je tape de toutes mes forces dans des sacs de paillage. Des avions de papa posés dessus n’en sortiront pas indemnes… Il ne me le reprochera jamais… Pauvre papa… J’ai cassé pour 300€ de rage…

La colère.
C’est un sentiment qui m’aura aidé souvent dans ma vie. Il m’aura régulièrement porté, aidé à avancer. La rancœur aide parfois... Ce sentiment négatif peut devenir positif. A voir ce qu’on l’en en fait.
Depuis ton décès, on m’a mise en colère 2 fois…
Merci à vous qui m’avez mise en fureur… Vous m’aurez porté vers mon cheminement…

Finalement, la préparation doit être trop longue… Ils préfèrent tous s’en aller.
Je prends mon beau père entre 4 yeux. Je lui impose de garder leur famille, loin de nous. Je n’ai pas besoin d’avoir des chacals, épieur de malheur, ni ici, ni à l’inhumation de mon fils. C’est sûrement excitant de voir le malheur des gens, mais loin de nous. Ils ne s’en sont pas intéressés vivant, qu’ils respectent son départ…
Ce sera donc en comité restreint.

La médecin du samu arrivera par la suite déclarer ton décès.

Emmanuel me demande un châle… Je ne comprendrais pas que c’est pour la finalité de ta préparation… Du coup, tu ne partiras pas avec, car je lui aurais interdit de le découper, sous prétexte que c’est de la soie… Si j’avais su que c’était pour te le mettre autour de ton petit cou… Preuve que nous sommes totalement déboussolés, lors de ces moments hors norme.

Puis, Hubert et Emmanuel m’invitent à venir te découvrir…
Mon Dieu… Que tu es beau.
Tu es apaisé. Tellement bien apprêté.
On dirait un enfant vampire, tu ressembles à la petite du film « entretien avec un vampire ». Tu es si blanc, mais tu dégages encore ce charme qui t’es si personnel. Cette beauté qui est tienne… Mon phœnix… Une beauté envoutante… Je suis heureuse. Tu as été préparé dans l’amour. On le voit, le sent. Tu as gagné… Tu as du gel dans tes cheveux. Mon crapaud… Tu pars avec ta chevelure dorée…
Né dans la froideur d’une clinique, mort dans la chaleur d’une maison. Préparé dans le respect, par un personnel médical gravait dans mon cœur à tout jamais…
Voilà, tout prend forme à cet instant…

Je demande à tes infirmiers qui ils pourraient me conseiller comme pompes funèbres.
Je suis déboussolée…
Ils me conseillent quelqu’un de très professionnel, qui aura l’exceptionnelle gentillesse de nous offrir toutes les prestations funéraires.

Zabou et Lilie partent.
Le parrain de Ruben vient le garder, pour que nous puissions t’accompagner vers une chambre funéraire. Ton arrière grand père aura eu la même dernière résidence que toi…
Je ne veux pas te veiller à la maison. Jamais plus…

Ce voyage si particulier.
Je ne pourrais plus passer dans cette commune sans penser ni à toi, ni à cette dernière soirée… Cette nuit où nous avons suivi un corbillard, dans la campagne normande…

Nous demandons à ce que tu te fasses inhumer très vite. Nous décidons que mardi, tu te feras crématiser.
En effet, mon crapaud, tu partiras comme un prince viking dans le feu....
le Phoenix se mettra une dernière fois en flammes. ♡


Message déposé le 17.07.2013 à 17:16 - Commentaires (33)


4 ans, 4 mois, 18 jours et 5 heures de vie…
17 mars 2013.

Cette date de fin, inscrite également sur cette plaque, signifiant le dernier jour de ta vie.
Plaque que j’embrasserai dans les larmes… mes larmes de maman endeuillée… esseulée de toi à tout jamais…

Cette journée…

Les mots, les émotions se mêlent, s’entremêlent pour définir ce dernier jour.
Je ne suis plus que douleur, tristesse et chagrin, à cette évocation. Mais à la fois, quelle belle journée. Quel bel au revoir. Merci mon namours joli, mon crapaud…

Nous sommes le dimanche 17 mars 2013.

Ton oncle, le frère de papa, fête ses 30 ans.
Ton papa a souffert à l’arrivée de son petit frère. Le sentiment d’être l’enfant mal-aimé, non considéré. Papa a beau tout faire pour être reconnu, il échoue toujours face à ce chouchou…
Quand je voulais que tu te brosses les dents, je te disais : « File où tu vas avoir les dents de tonton Lolo ! ». Tu courrais, vers le lavabo, frotter des petites quenottes nacrées.
Tu avais de la magie en toi pour ressentir les gens, les choses…

Aujourd’hui, tu as du mal à respirer. Ton souffle est rocailleux.
Tu vomis noir. Le vomito négro de la mort est revenu. Tu es gêné dans tes glaires. Comme si tu allais t’étouffer dedans…
Hubert, ton infirmier, arrive. Nous lui signifions que nous sommes le 17 aujourd’hui. Papa a prédit depuis longtemps que ce serait ton jour. Il s’en souvient mais nous rappelle à quel point tu es étonnant. Plus d’une fois, tu nous as fait croire à ton heure, pour revenir le lendemain en meilleure forme.
Mais nous le savons.
Plus que ça, nous le souhaitons.
Vivre cette vie, qui n’en est plus une, n’est pas admissible, seulement impensable.

Emmanuel vient faire ta toilette. Nous remarquons alors que ta sonde urinaire est bouchée. Il a beau pratiquer un lavage, rien y fait. Elle est obstruée par des impuretés. Des sortes de caillots.
Ton gland est bleu. Je me demande ce qu’il se passe. Je pense à plein de choses. Tu cyanoses, tout simplement. Il a des difficultés à te recalotter…
Des détails. Pourtant, des choses qui me marquent encore aujourd’hui. Je lui dirai même sur le ton de l’humour, que ce n’est pas le jour pour te circoncire…
C’est aujourd’hui, le jour de ton changement d’aiguille. Nous nous mettons d’accord pour ne pas l’effectuer. Le changement de sonde est déjà assez éprouvant. Nous allons éviter de te faire souffrir encore un peu plus… Surtout que nous devinons ta fin proche.

Ta bouche se remplit toujours un peu plus de ce vomi noirâtre…

Hubert rejoint Emmanuel pour les soins du midi. Ils rechargent tes seringues de produits médicamenteux, pour les prochaines 24h.
Face à ton liquide pharyngé important, ils téléphonent à l’oncologie pour avoir une ordonnance pour que tu te fasses prescrire un aspirateur à mucosité.

Ils tenteront pendant près d’une heure d’avoir le prestataire de service qui jamais ne nous répondra. Ils se dirigeront alors vers un autre organisme, qui viendra apporter, dans l’après midi, le matériel.

Nous sommes dimanche. Nous avons alors de la visite.

Mes parents viennent chercher la télévision qu’ils t’avaient donnée, pour ta chambre. Celle de leur cuisine vient juste de tomber en panne.

Puis, notre cousine Zabou et sa puce de 14 ans, Azélie. La belle Lilie que tu aimes tant avec ses gros ploplos et ses beaux yeux bleus ! ;)
Elles font plus d’une heure de route, sans s’égarer, suivant le soleil comme guide….

Nous buvons notre café tous ensemble.
Ton papy et ta mamy sont assis sur ton canapé. Ton beau canapé blanc que Cyrus ne doit pas cassé ! ♥
Nous sommes attablés avec les filles. Papa taquine Azélie en lui demandant d’ouvrir le poêle pour y mettre Ruben. Obéissante, elle le fait avant de réaliser…

Ta respiration est difficile mon amour… Toutes ces glaires, mucosité, vomi noir….

Puis arrive une discussion, entre nous tous. Une discussion vive. Pas de la fâcherie mais un débat d’opinion, un échange dur.
J’avoue que si Ruben n’était pas là, j’aurai déjà appuyé sur les seringues.
Voir Raphaël dans cette souffrance, c’est juste impossible. Ce n’est pas humain. A un de mes animaux, je ne l’aurai pas amené jusque là. J’aurai fait preuve d’ « humanité ». J’aurai abrégé cette souffrance qu’est la sienne.
Mon propre enfant, je ne le fais pas ?
Je le laisse dans cet état qui n’est plus que douleur. Avec cette vie qui ne ressemble qu’à un état végétatif. Toi mon amour, enfermé dans ce petit corps, quasi sans vie qui ne contient plus que mortification. Toi qui perçois tout… Tant de torture, de supplice… Pourquoi ?
Car Raphaël, tu n’es plus que souffrance. Tu ne régules plus ta température, tu reçois des bolus de morphine à chaque déplacement, tu fais moins de 8 kg…
Puis, cette saloperie qui achève son travail et toi qui continues à te débattre… Car la vie est belle… c’est toi qui le dis… Pour moi, à cet instant, elle est juste monstrueuse cette vie.
Je pense que si je devais apprendre que je suis atteinte d’une tumeur cérébrale… je me suiciderai juste pour ne pas vivre par quoi tu passes.

Pourtant si je passe à l’acte, je devrai prendre responsabilité de mes actes, face à la justice.
C’est la seule raison qui m’arrête.
J’ai pris une responsabilité en mettant Ruben, au monde. Je le délaisse en ce moment car je sais que nous avons toute une vie ensemble après.
Je ne lui dépouillerai pas de notre devenir. Cette maladie nous a volés déjà trop de chose.

Je clame que la mère du petit Humbert est une Sainte femme. Je comprends son passage à l’acte. Si ton frère n’était pas là, je t’aurai fait ce cadeau d’amour…
Je t’aurai donné la vie et je te l’aurai reprise…
Pour leur part, papy et mamy pensent qu’il faut te laisser ce temps de vie. C’est toi le décideur.
Un peu de précepte judéo-chrétien se met en place, car tu es leur petit-fils.

A partir de cet instant, tu lâches prise. Comme si, tu avais compris le pourquoi de mes supplications… Comme si tu avais démêlé… tous mes encouragements, vers ton départ.
Tu comprends que je n’étais que mots d’amour pour toi…
Ton souffle se fait difficile… Tu commences à le chercher profondément.

A ce moment précis, le prestataire de service, pour l’aspirateur commandé, arrive. Il te comprend mourant. Je t’entends chercher ta respiration de plus en plus loin. Je le délaisse. Je viens vers toi. Tu te meurs. Zabou regarde papa pour lui faire comprendre que c’est la fin.
Le monsieur remplit ses papiers à une vitesse record. Il faut qu’il parte vite, il le sait.

Je suis là près de toi. Papy et mamy te disent Adieu. Juste par des caresses à ta main, ton visage. Une prière silencieuse. Un baiser ou deux.
Puis ils me laissent ma place.
Mamy a Ruben dans les bras. Elle s’assied sur le canapé.
Papy attend que papa nous rejoignent.

Je te sens combattre dans tes derniers souffles. Maintenant que tu l’as laissé empiéter, que tu as baissé ta garde, elles t’envahissent. Elles pressent telle sur une corde de piano, le nerf céphalorachidien de la respiration. Elles finissent leur sale boulot. Je dis sûrement des inepties médicales. Pourtant, c’est ainsi que je l’ai ressenti à l’instant T.


Je pense à Azélie, présente, dans ce moment innommable pour « une pas si grande » que cela. J’ai peur qu’elle le vive mal… J’ai peur des conséquences, pour sa construction. Pourtant, elle fait preuve de profondeur et de stature. Cette jolie pépette, que j’ai connu à deux ans, avec des palmiers sur la tête a tout d’une demoiselle.
Puis, sa maman lui demande de se rendre dans la cuisine.


Papa réussit à raccompagner le prestataire à la porte.

Le chat en profite pour rentrer dans la maison. Il s’installe dans le lit, avec toi. Je demande à mamy de l’enlever. Je ne le veux pas avec toi, à ce moment là…
Les âmes et les chats… je sais que… En fait, je ne sais rien… Mais je ne te veux pas bloquer là… prisonnier de nous. Au cas où…
Mamy enlève donc le chat Potté du lit. Papa lui claironne de laisser le chat où il se trouve.
Pauvre Mamy, faisant un mouvement de va et vient avec Potté dans les bras, limite en larmes, demandant quoi faire…
Connaissant Mamy et son caractère bien trempé, cela pourrait être comique, si ce n’était pas si tragique.
J’affirme qu’elle s’est juste rangée à ma demande. Le chat ne sera pas dans le lit.
Un point, c’est tout.
Papa se radoucit alors.

Je lui demande de téléphoner à des amies qui doivent venir pour 16h30. Il est 16h…
A mon avis, elles risquent d’arriver au mauvais moment.


Après ce coup de fil, papa nous rejoint à la tête de ton lit, mon crapaud.
Zabou est au pied de ton lit.
Papy et Mamy sur le canapé avec ton Ruben. Potté installé avec eux, qui veillera jusqu’à la fin, il assistera à ta préparation funéraire faite par les infirmiers...

Ta respiration devient de plus en plus en plus confuse, anarchique et bruyante. Tu cherches de plus en plus loin, cet air qui semble te manquer.

Papa te supplie de l’attendre. Il faut qu’il aille uriner… Il ne tient plus.
Sa micro-vessie lui joue un mauvais tour, lors de « CE » moment si particulier… Plus tard, il m’avouera avoir pensé à s’uriner dessus…
J’ai l’impression que je pourrai l’assassiner. Puis, finalement non… c’est lui qui s’en voudra toute sa vie, s’il loupe ton instant. Pour ma part, je ne pourrai te quitter d’un millimètre, depuis que je le devine…

Papa revient avec nous, après avoir supplié, qui pouvait l’entendre, que tu l’attendes…

A ce moment précis, lors de son retour, chacun peut interpréter les choses comme ils le désirent. Pour moi, la magie de l’instant a pris le dessus.
La vie, la mort, Dieu… tout s’entremêle.
Nous ne sommes plus que tous les quatre… Il n’y a plus que nous. Notre noyau familial, la famille que nous nous sommes construite.
Mon Raphaël, mon fils, tu te soulèves du peu que tu peux, je t’aide en te surélevant la tête.
Tu ouvres alors tes yeux et regardes derrière mon épaule.
Ce regard est adressé à ton Ruben. A ton frère que tu as attendu avec tant d’amour et d’impatience. Ton petit frère, sans dent. Tu t’es battu pour le connaître… C’est à lui que tu donnes ton dernier, merveilleux et bouleversant instant.
Tu le fixes de ce regard si caractéristique des enfants atteints de cette saloperie. Pourtant, tu as tant d’intensité et de concentration à l’admirer.
Il se passe un temps hors de tout… Quelques secondes d’éternité… Un moment divin inexplicable…
Vous vous dites des secrets qui n’appartiennent qu’à vous. Nous assistons à ce passage d’amour dans vos regards… Je ne regarde que toi… qui regarde derrière moi…
Tu achèves ce lien inaccessible, immuable et infini que te lie à ton Wuben.
Je sais qu’à tout jamais tu lui as laissé ta marque. Celle d’un ange qui veille sur lui.

« Il n’y a qu’une règle pour gagner le paradis : aimer tant qu’on en a la force, c’est tout. »
De l’Abbé Pierre.

Puis tu refermes tes yeux. Tu te rallonges.
Tu reprends ton souffle. Celui qui sera le dernier.
Il est aussi profond que celui d’un nageur d’apnée sortant de l’eau, après un exploit.

La maison se baigne d’une lumière, sortant d’un nuage. Je me fais intérieurement la remarque que si nous voulions le faire exprès… Nous n’aurions pas pu…

« La lumière est l'ombre de Dieu. »

Etrangement, nous ne serons que 3 à distinguer ce moment, très lumineux. Voir céleste.
Lili dans la cuisine qui devine ta fin, zabou et moi.

Je te dis quelques mots d’amour… les derniers que je veuille que tu entendes.
Je te dis que papa et moi t’aimerons pour toujours, toujours…
Nous sommes et avons été toujours très fiers de toi.

Papa, lui te remercie d’avoir choisi ce jour pour partir.

Nous parlons très peu… Nous sommes juste émus par cet instant. Le dernier ensemble. Nous nous sommes déjà tout dits.

C’est alors que tu cherches de nouveau, bruyamment, cet air que tu ne trouveras plus jamais.
Stoppé net par un râle d’étouffement. Tu expires tumultueusement cette respiration non prise. Tu n’as plus d’air dans tes poumons. C’est fini.

Papa me tenant le dos, vient à ma main, pour me la serrer fort.

Je regarde ton cœur battre ses dernières symphonies. Tu es si amaigri que je vois tes battements cardiaques, à ta carotide. Papa prend ton pouls. Il sent tes dernières pulsations, battre dans ton petit corps.

Je t’assure que tu as gagné. Oui, c’est toi qui as gagné… Nous sommes en larmes en te le confirmant.

Puis mes derniers mots : A bientôt, mon petit cœur…

Ton cœur cesse de battre.

Tu es enfin libéré de toute cette douleur.

J’attends quelques instants… Pour être certaine que tu ne m’entendes pas. Que tu sois bien envolé, ton cerveau plus irrigué pour entendre. Puis j’hurle. Un rugissement animal. Celui dont on vient d’arracher un membre. Je suis les tripes à l’air. Toute cette douleur, cette détresse, ce mal de toi exprimés par cet éclat de voix, de bête blessée.
Ruben hurle à l’unisson avec moi.
Mamy se sent mal. Zabou la voit en détresse et lui prend Ruben des bras.
Elle va le donner à Lili dans la cuisine.

Je tempête de rage. J’insulte celles qui m’ont volé à toi. Je les injures une demi douzaine de fois de SALOPES!

Puis, je demande à mamy de bien te fermer les yeux puis surtout ta bouche. Tu l’as grande ouverte, dans la recherche de ton dernier souffle. Elle te met un linge sous le menton…

Papa téléphone vite aux infirmiers pour te préparer. Tu te refroidis déjà… Car tu n’es plus qu’os…
Il prévient tes autres, papy et mamy de ton envol. Ils arrivent…

Le téléphone sonne. Mimie, ta marraine auto-proclamée, est au bout du fil.
Son fils, Timéo, vient de lui dire que Mickey est au ciel… pointant son feutre vers les nuages…
Cette blague, entre vous, lui a tout de suite parlé… Quelques mois auparavant, vous deux au téléphone, « t’es mimie ? Tu habites dans la maison de Mickey ??? »
….
Je lui annonce juste que tu viens de partir. Je raccroche.

Je m’installe dans ton lit, tout contre toi. Me battant avec les barreaux, ta sonde, pour venir jusqu’à toi… Tu refroidis si vite…

Mamy retourne dans la cuisine. Elle est accueillie par un hurlement de Ruben. Il a assimilé ma plainte à sa personne.

Lors de ton départ, papa a regardé de suite l’heure.
Tu t’es envolé à 16h15. Après 4 ans, 4 mois, 18 jours et 5 heures de vie…

Dehors, tout est redevenu vert. Tu es parti en même temps que toute cette neige…

Papa me dira merci pour cet envol, dans tes murs. Une fois parti, il a compris l’importance de ce départ dans notre foyer. De tenir cette promesse. De boucler cette boucle.


J’ai loupé ta naissance. Nous avons réussi ton envol.

Montage créé avec bloggif
Message déposé le 02.07.2013 à 18:41 - Commentaires (51)


Le 27/10/2008.
Sur la plaque de ton petit cercueil blanc, cette date…
Pas n’importe quelle date. Le jour de ta naissance.

Avant toi et l’idée de toi… Il aura fallu 7 ans de demandes de papa.
Lui se sent père depuis toujours. Même avant que le « nous » existe. Par contre, pour moi… Une autre histoire…
La marmaille très peu pour moi.
Je suis capable d’une imagination fertile, pour dénoncer cette envie qui le porte.
J’ai mon discours « anti-bébé » bien ciselé et argumenté : L’adolescence, le « ça ne se casse pas ces trucs là ? », les nuits blanches, le manque de liberté, notre indépendance volée, ce n’est pas TON corps dans lequel l’ « alien » va pousser, un bébé ça pue et puis notre sexualité ??? T’en fait quoi de notre sexualité ??? Puis plus d’alcool ! Fini la fête !!!!…
Des centaines d’autres bonnes excuses sont mises en exergue, pour éviter toute arrivée notoire d’un 3ème bipède, dans cet appartement.
Au contrario du naturel, c’est moi qui tient des propos macho, voir misogyne sur les enfants.

Mais ce sont des choses plus profondes qui se jouent…
Papa, m’aimera-t-il encore lorsque tu seras là ?
Notre couple ne va-t-il pas se briser, avec l’arrivée d’un tiers ?
Serais-je capable de t’aimer comme on dit, de cet amour inconditionnel ?
Puis j’ai peur de tout. De cette grossesse. De l’aspect financier, De mes capacités d’éducatrice, et de mère surtout…
Puis, ma sœur m’a prévenu que ce sont des chimères. Au départ, elle ne l’a pas aimé, du tout son bébé. Puis, elle l’a trouvé si laid… Je ne veux avoir ce ressenti pour la chair de ma chair… Jamais… Plutôt ne pas procréer que de ne pas aimer. D’être prisonnière d’un être vivant. De vivre dans ce regret…
Puis faire un enfant, ce n’est pas pour le délaisser, ni le négliger. C’est vivre avec et non à côté…

En Novembre 2007, Fio apprend que son cousin va devenir papa. Tellement de joie, d’envie dans ce regard. Mais moi ? Je ne suis pas prête… Pourtant, il commence déjà à me convaincre. Je me suis faite « une peur » ce cycle-ci. Un peu d’excitation d’y avoir cru s’est glissée en moi…
Réveillon 2007, nous fêtons ensemble ce jour béni, avec ce petit être qui pousse dans le ventre de ta future marraine. Ton Noa, mon futur filleul. Toujours cette tendresse dans le regard de papa. Ce soir, je dois reprendre la pilule. Je me saoule. Je sais que sobre, je resterai sur mes positions. Je me mets au pied du mur. Dans une ambiance familiale, je ne me laisse plus le choix. J’écris une lettre à la va-vite à Papa, avec le peu de lucidité qu’il me reste encore. J’ai dû mal à formuler une phrase correcte, en quelques mots.
Je lui demande s’il veut que je reprenne mon contraceptif ce soir ou s’il préfère me faire un bébé.
Papa ouvre ce courrier, mis dans la pile de ses cadeaux. J’ai peur de la suite. Je regrette déjà un peu… et puis…
Il lit mes mots. Il éclate en sanglots. Tout le monde s’arrête de déballer leurs présents. Il leur tend ma demande, car impossible pour lui de parler. Il me prend dans ses bras. Il pleure… Tellement d’émotions…
Je lui ai fait le plus beau cadeau. Celui qu’il pensait inespéré…
Je lui impose une condition. De venir avec moi à chaque RDV médical, chaque prise de sang, chaque tout… je ne suis pas un incubateur… Il me doit d’être là.
Ce sera le seul papa présent, à tous les cours à l’accouchement… Il viendra à quasi tous les rendez-vous, sauf excuse professionnelle.
Il est déjà papa. Ton papa.

Le 14 février 2008, j’apprends que tu existes. Toi et les dates… toujours ces dates…
Tous les jours, je me répète que je vais être maman. Je m’imprègne de l’idée.

Durant cette grossesse, je pleure beaucoup. Je suis apeurée, effrayée, seule et malade. Ma maman, avec qui je suis fâchée, me manque. Je vais moi-même devenir maman. Je change de statut et j’aurai tant besoin d’elle.
Celle qui me rassurera, ce sera tata chocolat. Ta marraine auto-proclamée. La seule femme, maman, de notre entourage. La maman de mon roudoudou…
Elle me donnera confiance en toi, en moi. Elle me montrera les chemins de la maternité… Ceci grâce à des tonnes de chocolat, tisanes et radiateur mis à fond. Elle tentera de combler ce manque.

Au fil des mois, elle deviendra ma meilleure amie.
Elle reviendra de Belgique, où elle vient d’emménager, la veille de mon accouchement, pour m’embrasser, m’encourager… Puis à la maternité aussi…

Néanmoins, j’ai un déclic sur ma maternité. Sur la potentielle maman en devenir que je suis devenue.
En août 2008, je me fais frapper, durant mon service. Une personne ne supportant pas les femmes enceinte me maltraite. J’ai peur pour toi, comme je n’ai jamais eu peur, pour personne d’autre. Je me suis recroquevillée, te protégeant de mon mieux. Tout en gardant mon sang froid et en parlant à mon agresseur.
Quelques jours après, je découvre que je suis hyper-tendue. Je ne retourne plus travailler de ma grossesse.

Nous sommes le 26/10/2008. Je suis hospitalisée dans une polyclinique, car demain est le début de ta vie, notre vie…
Ma DPA était prévue pour le 21/10.
Pourtant, à ce jour, encore aucune contraction. D’ailleurs, je ne sais même pas quel effet, elles procurent ces dites bestioles.
Tu es bien. Tu es au chaud. Tu n’as peut être, tout bêtement, pas fini de te préparer…
Pourtant, je n’en peux plus. Je ne souhaite qu’une chose. Te rencontrer.
Faire la dite rencontre de ma vie.
En plus, tu es estimé entre 4.3 et 4.5kg…

J’ai des problèmes d’hypertension et doit uriner dans ce fichu pot pour recueillir mes urines, toutes les semaines. La fameuse protéinurie des 24 h, pour les connaisseuses… Ceci, depuis le mois d’août…Avec le ventre aussi énorme que mes chevilles. Je suis devenue une pastèque géante, remplie d’eau !

Je chausse du 43. Je pète mes chaussures, hebdomadairement, par l’œdème. Heureusement pour mon entourage car je suis une puanteur vivante… Je n’ai jamais senti quelqu’un puer des pieds de cette force (quoi que… peut être quelqu’un cité plus haut… mais par soutien féminin… je me tairai…)
Demain est le grand jour, celui de cette césarienne programmée. A cause de cette tension, si le travail ne commence pas seul, ils m’ouvrent… Puis, ils me disent que c’est pour la santé du bébé. Donc…
Je vais me faire éventrer ! Non, mais c’est juste un truc de malades!!!!!!
Maintenant, je me marre… mais jaune le rire… très jaune…si j’avais su….

Nous sommes le 27/10/2008. Je dois être césarisée pour 10h et partir au bloc pour 9h30…
Les minutes s’égrènent. Le stress aussi… 10h passe. Toujours pas partie. Ils viendront me chercher seulement vers 10h15. Le brancardier me presse. C’est à la limite que je ne puisse embrasser Fio.
Je suis tremblante. J’ai très peur. Fio ne peut pas venir avec moi. Les papas sont interdits de bloc. Il verra la césarienne à travers une glace, à 6 mètres de moi. Lui qui a été présent toute cette grossesse avec moi, il se fait évincer. Il ne pourra pas couper le cordon, ni me tenir la main, ni me rassurer. Ni découvrir notre enfant, en même temps que moi.
Non… Fio me laisse à l’entrée d’un ascenseur, seule, avec des inconnus. Complètement terrifiée, je me laisse porter par l’équipe médicale. Je crois pouvoir leur faire confiance.
Nous ne sommes pas encore ceux que nous sommes devenus, à présent. Heureusement pour eux… Malheureusement pour nous…
Néanmoins, ils nous auront appris une chose : se battre pour NOUS.

L’équipe médicale arrive. Personne ne se présente. Je ne suis qu’un animal qu’on doit disséquer… ou une Pastèque géante? ;)
Ils puent tous, la clope à plein nez. J’ai envie de vomir… J’ai arrêté de fumer depuis le 1er mars, juste grâce la volonté. Pour toi mon bébé, je suis passée d’un paquet par jour à plus rien. Comme tout ancien fumeur qui se respecte, l’odeur de cigarette, à jeun, trop peu pour moi.

L’anesthésiste me demande de me positionner pour la rachi. Il est désagréable au possible. Preuve en est, il ne me prévient pas lorsqu’il me pique. Surprise, je fais un bond, qui me vaudra une réflexion des plus désagréables. Je le reprendrai de suite, en lui expliquant ma façon de penser. Lui, il commence déjà à me plaire…

L’opération commence. Le rideau se met en place. L’anesthésiste (le seul qui me parlera vraiment d’ailleurs !) me dit de le prévenir si je ne me sens pas bien.
Ils parlent ensemble du krach boursier. Je rentre dans la conversation en expliquant que l’Asie s’effondre aujourd’hui. Ils s’en tapent. Personne ne me répond. Je ne suis qu’un bout de barbaque. Ils me badigeonnent de bétadine etc… Moi, j’ai besoin de parler. Une vraie logorrhée s’installe. J’ai besoin qu’on communique avec moi. J’ai peur. Je suis en recherche de contacts humains.
Puis des bourdonnements viennent me chatouiller les oreilles. L’anesthésiste parti faire un truc, je le dis à la sage femme (je pense que c’est sa fonction). Elle me répond que c’est normal.
Bon….
Puis des papillons arrivent… en même temps que mon pote l’anesthésiste… Je lui dis pour les papillons et bourdonnements. Il m’engueule avec un « vous ne pouviez pas me le dire plus tôt ».
Putain ! Là s’en est trop ! Je m’emballe ! Je lui réponds que sa chère collègue m’a répondu que mes bourdonnements étaient normaux, les papillons venaient d’arriver et que mon amabilité, elle venait de s’envoler !

Puis, là c’est le flou qui commence totalement… Je vois, 21 de tension s’afficher, je sens mon rythme cardiaque s’emballer. Puis les papillons sont par milliers… J’ai du mal à respirer. J’ai des sueurs froides.

Je vais mourir. Je n’ai pas peur.
En plus… les bras en croix… ironique la situation…
Je me dis seulement que je vais « crever » et je n’aurai jamais vu mon bébé.
C’est cela, mon seul regret.
De plus, j’espère que Fio ne va pas arriver, pour me voir partir, derrière cette « putain » de vitre.
Je n’ai pas peur pour toi, mon bébé. Je sais que tu vivras.
Mais papa t’aimera-t-il, si je pars ?
Il sera fou de chagrin… Oui, il deviendra fou…

L’anesthésiste veut me faire parler. Il veut me garder consciente.
Il s’enquiert de savoir quel travail je fais. Je réponds en rajoutant qu’ « on s’en fout ! ».
Oui, je ne suis pas poète dans les moments de crises… ;)

Il me caresse le bout du nez. Il tente de me rassurer. Il devient humain, Bordel ! J’ai enfin une relation humaine !
Personne ne parle plus dans le bloc. La tension doit être à son maximum. Moi, j’ai du mal à rester présente.
Petit à petit, je me sens revenir.
J’ai froid… J’ai tellement froid…
Fio apparaît derrière la glace. L’anesthésiste me le montre. Je pleure de le voir. Je me suis tant inquiétée pour lui… Le médecin m’essuie les larmes. Je suis devenue muette. Je ne parle plus.
C’est alors mon Raphaël qu’on te sort de moi. Papa te verra en premier. Tes petits pieds. Il est 11h15.
Puis, je t’entends. Tout d’abord un petit cri étouffé. Puis un second qui se fait plus fort et un troisième clair et limpide.
J’éclate en sanglots. Je vais voir mon bébé.
L’anesthésiste me présente à toi, emmailloté dans un linge hospitalier bleu.
Moi, les bras toujours en croix. Je pense à ma mère qui me manque tant, en voyant tout d’abord tes petites mains...
Mes premiers mots pour toi seront « Bonjour mon petit cœur. ».

Puis, nos regards se plongent l’un dans l’autre.
Tes yeux me remémorent un souvenir. Un merveilleux moment, un instant troublant.
Nous sommes en voyages de noces, en Martinique. Nous faisons de la plongée en masque, palmes, tuba. Puis, je vois le bleu de la mer des Caraïbes, d’un bleu intense. Le tréfonds m’attire. Je pourrai me noyer, pour cette couleur si pure. Je suis appelée, happée par le grand bleu. Cet appel inquiétant, enivrant. Cette beauté, cette couleur. Si je ne me contrôlais pas…
J’en parle même à Fio, saisie par cette sensation.

Ce même bleu dans tes yeux.
Je te reconnais. Je t’avais toujours attendu. Tu es mon autre. Mon âme sœur.
Mon Dieu…

Puis, vient le temps où ils t’emmènent pour les soins.
Papa te rencontre. Puis la position, que tu prends, te donne ton surnom : Crapaud est né.
Raphaël, Eric… 2 noms d’anges…Celui de l’archange et de mon frère… comme si nous savions déjà que tu porterais très vite des ailes…

Papa fait connaissance avec toi. Vous faites du peau à poils.
Pendant ce temps là, je me fais agrafer. Je me souviens encore des claquements de l’agrafeuse, tel un bout de viande chez le charcutier….
L’anesthésiste me confie que je lui ai fais très peur. Ce que me confirmera le gynéco quelques jours plus tard. Son chewing-gum dans la bouche, mastiquant comme un beau spécimen Normand… En me gratifiant d’un : « une belle hémorragie…. »

Je suis rentrée dans un mutisme. Je me sens humiliée, trahie, non considérée…
Je n’ai plus confiance. Je ne veux rien savoir. Je ne veux plus les entendre. Il est trop tard.
Ils m’ont dit qu’ils faisaient ça pour mon bébé et moi. Voilà qu’il en est tout autrement.

Je reviens en salle de réveil. Je suis frigorifiée.
Fio me rejoint avec toi, mon crapaud.
Tu es dans une couveuse, à 3 mètres de moi. Tu hyper-ventiles. Tu es sous surveillance. On ne nous dira jamais vraiment le pourquoi du comment. On ne sait pas… Voilà l’explication…
Je ne t’ai pas encore jamais pris dans mes bras. Je te regarde de loin.


Tu rentres en néo-nat de la clinique. Papa fait les allers retours entre nous deux.


Je ne te vois que 5h plus tard. Pile au moment où mes sœurs arrivent, ma belle mère aussi. Ils te prennent tous dans les bras. Me volent de nouveau cet instant.
Ces gens qui t’ignoreront, toi mourant…

Tu ne restes qu’une demi-heure avec moi. Je tente de te mettre au sein. Tu n’en veux pas. Tu n’as pas le reflexe de succion… et je saurai le lendemain qu’ils t’auront déjà donné le biberon… Cette puer, sans cœur… venue te prendre et te chercher sans explications, ni demandes envers mes questionnements… Me filant juste un tire lait, vu ma demande sur l’allaitement, sans aucune autre explication.
Moi, maman primipare perdue, sans mon bébé, dans ce moment hors de la normalité.

Le personnel de néo-nat de nuit vient se présenter. J’explose en sanglots.
Je demande si tu es normal, si tu convulsais…
Car personne n’est venu me dire à moi… dans ma chambre… ce qui se passait pour toi.
Toute la nuit, j’entendrai les bébés des autres pleurer… et moi, je serais en larmes devant les photos faites par papa.

Le lendemain, j’irai rencontrer mon bébé branché en chaise roulante.
Mon bébé de 4.4kg et de 53.5cm, voisin de chambre de bébés faisant la moitié de son gabarit.

Je passerai le séjour à pleurer. Mon allaitement n’a été que gâchis malgré les tentatives d’une super auxiliaire puéricultrice, à t’aider à vouloir de moi. Je me suis remise beaucoup en questions les semaines qui ont suivi. Je voulais être parfaite pour toi….
Pendant 3 semaines, j’ai joué au Shadock avec mon engin de torture, pour te donner de mon lait, que tu ne voulais qu’au biberon. Refusant toujours mon sein.

4 ans, 4 mois et 18 jours plus tard, tu t’envoleras.
On m’avait volé ta naissance. On t’avait pris à moi.
Je ne louperai pas ta mort.
Nous bouclerons cette boucle ensemble.
Toi, celui qui m’avait trouvé. Mon semblable. Mon alter égo.



Message déposé le 17.06.2013 à 19:41 - Commentaires (35)


Mon anniversaire.
Le plus beau de tous mes anniversaires.
Mes deux fils avec moi.
En attendant que papa rentre du boulot, pour souffler mes bougies, nous avons trinqué à notre santé avec crapaud!
Je suis fière de dire que mes 32 ans, je les ai fêté avec mes deux enfants.
Mon crapaud m'a obligé à acheter des escargots. Tremblante dans le magasin, avec ces mets, dans le caddie, ils me narguaient bien dans leur beurre maître d'hôtel...
Au dîner, Raphaël en a avalé deux. La moue dégoûtée par ses goûts changés, mais restant des plus stoïques, pour me montrer que rien ne lui arriverait...

Un an auparavant, Raphaël sortait de sa neurochirurgie. Une exérèse incomplète de sa tumeur avait eu lieu, alors que le chirurgien avait cru tout enlever.
L'arrière-goût amer bien présent, de ce souvenir douloureux qui fêtait également son anniversaire.




Message déposé le 06.01.2013 à 22:24 - Commentaires (8)


Il y a un an…
J’écris aujourd’hui pour désacraliser cette journée.
Mes souvenirs, émotions, ressentis balancés sur cette page vierge.
Je ne me suis pas vraiment relue… Je m’excuse d’avance de ma syntaxe.

Je n’ai pu parler réellement de cette soirée, même à Flo, que plusieurs mois après… Certaines choses qui seront écrites lui sont sûrement encore inconnues.

Pour moi, l’apocalypse ne s’opère pas demain.
La fin de mon monde a eu lieu le 20 décembre 2011.

Ce jour là, je suis en vacances depuis la veille au matin. Nous passons la journée avec Virginie, la marraine de crapaud, Noa (mon filleau) et Tylio.
Fio est parti au boulot sans embrasser crapaud. Chose qu’il ne fait jamais. Il joue, il ne veut pas l’embêter, en plus, il n’a pas le temps… L’Homme a traîné car nous sommes en famille.
Une journée des plus banales.
Confidences entre cousines dans la cuisine, avec le fameux gâteau au chocolat de Ninie. Les garçons jouent dans la salle. Bébé Tylio se repose dans la chambre.
En fin d’après midi, crapaud se met à pleurer car Noa lui a tapé sur la tête. Noa nie mais nous ne le croyons pas. Crapaud n’est pas du genre à se plaindre. En plus, Nono et lui sont toujours en train de se chamailler pour savoir qui est le plus fort…
La petite famille s’en va.
Je suis naze. J’ai mal au crane. Les garçons n’ont pas arrêté de jouer avec les pistolets lasers. J’en ai plein la tête. Je me mets en pyj’. Crapaud est cradoche mais ce sera toilette de chat ce soir, juste avant le dodo ! Pas le courage de lui faire prendre bain ou douche… directement en pyjama. Je suis épuisée par ce début de grossesse et j’ai vraiment envie de tuer l’inventeur de ses armes intergalactiques…
Demain, c’est mon anniversaire. Mais on va se le faire ce soir, en amoureux. Je n’ai pas le courage de faire à manger… Donc escargots party. Crapaud est ravi. Il adore ça ! Ce n’est pas avec Fio qu’on pourra s’en régaler… J’arrive avec le plateau d’escargots. J’en donne à crapaud. Je les goûte. Ils n’ont pas un goût folichon. Je vais les jeter. J’ai l’impression qu’ils ont tourné. Crapaud est déçu. Il adore les escargots. Je lui fais un œuf sur le plat. C’est quelque chose que je fais rarement et dont il raffole.
Un fois, le repas terminé, nous nous installons tranquillement dans le canapé. C’est le Bronx total dans la maison. Il est tard. 20h30 environ et crapaud toujours pas couché. Pas grave. Flo va gueuler en rentrant, mais là, juste envie de me poser avec mon loulou. Je lui fais des câlins dos. Nous savourons cet instant, qui devient de plus en plus rare. Mes nouveaux horaires de boulot font que je le jette au lit le soir. En effet, je rentre vers les 20h15. Je n’ai plus le temps pour lui…
Donc, nous savourons ce moment, avec des petits mots tout doux. Puis, crapaud se met à hurler « J’ai mal à la tête », en se tenant l’arrière du crane. Il a le regard qui part. Je le prends dans mes bras. Je l’emmène dans la cuisine pour lui mettre monsieur bobo sur la tête. J’ai peur. Je ressens le malaise de la situation, mais me voile la face. Je me fâche contre lui, en lui demandant d’arrêter de faire l’imbécile. Mais non… Je comprends qu’il ne me fait pas rager. Il se passe quelque chose… La gravité du moment se confirme à chaque seconde. Crapaud me réclame papa. Sa voix se fait de plus en plus lointaine. Incompréhensible, elle trébuche.
A mon bon souvenir, Raphaël avait une otite. Je lui donne alors, ses antibiotiques en pipette avec l’idée de lui donner du doliprane également. Il n’aura jamais le doliprane. Comme je m’en suis voulue et encore maintenant, de lui donner ses antibios. Quelle drôle d’idée. La peur fait faire de drôle de choses. A peine prise la médication, il a les yeux qui partent définitivement. Après un gémissement, il s’effondre totalement. Nous sommes dans la cuisine, sur le rebord de mon îlot central. Mon fils quasi mort dans mes bras. Je l’appelle. Je tente de la ramener, en le giflant. Rien y fait… J’ai le cerveau en ébullition. Que faire. Il faut que j’appelle vite les secours. Je tente de garder mon esprit clair. Il faut que je sois claire. Pas de panique. Sinon, ils ne vont pas me comprendre. Se remémorer les cours de secourisme. Je pose mon crapaud sur le canapé, où il a précédemment commencé son malaise. Ses cheveux commencent s’humidifient totalement de sueur.
J’appelle le 15.
J’envoie le plus distinctement mon nom, adresse, identité complète de Raphaël. J’ai peur de perdre pied. Je leur explique ma suspicion d’intoxication alimentaire. Le pompier, que je reverrai plus tard, m’a dit que mon diagnostique n’était pas stupide. Associés les escargots et les œufs peuvent avoir des effets allergiques. Même le médecin de réa pédiatrique se souvient encore de l’histoire des escargots…
Crapaud revient et replonge dans le coma. Dans ses moments de conscience, il geint de douleur. Cette sueur… Il est trempé.
Quelle lenteur ce passage entre le dispatching et le médecin du samu. Une attente interminable. Il me demande de prendre sa température. Crapaud est à 35° et quelques. Que de questions, que de temps de perdu... Je commence à partir en cacahouète. Je le sens. Un moment donné, je leur demande de se dépêcher au plus vite. « Ne vous inquiétez pas Madame. Nous l’entendons. Il est toujours conscient.». Je l’aurais eu en face, je l’aurais secoué la doctoresse.

J’ai appris plus tard qu’une connaissance éloignée, ami de la marraine de crapaud, a écouté de nouveau cette conversation. Mon appel a fait le tour du service à ce que j’ai compris. Juste au son de ma voix, en tant que professionnel, il savait la gravité de la situation. Personnellement, j’aurai préféré garder ce moment de détresse, secret…

Nous vous faisons partir une équipe de pompiers. Voilà la phrase salvatrice. Je suis en pyjama. Je monte les marches en quatre à quatre. Je culpabilise de laisser mon crapaud seul. Je m’habille en lui hurlant que maman est là, qu’elle revient, qu’elle ne l’abandonne pas. Je vais dans tous les sens. Je ne trouve plus mes affaires. Je me pose des questions métaphysiques sur la propreté de mes vêtements.
J’ai ensuite appelé Fio au boulot pour lui dire que Raphaël n’allait pas bien et que les pompiers étaient en route. Dédramatisant au maximum la situation pour éviter l’accident de la route. J’étais tombée sur un de ses collègues, qui m’a transmis Fio, pas trop inquiet par l’ampleur de la situation.
A peine le temps de dire ouf, les pompiers sont là. Je les attendais en faisant des allers retours incessants entre le canapé et l’extérieur. A mon bon souvenir, ils sont arrivés assez rapidement. Pourtant, ils venaient de la ville avoisinante. Ceux de mon patelin étant tous en intervention. Deux semaines auparavant, j’avais fait appel à eux. Crapaud s’était ouvert le menton, sur la table basse. Il avait mis plus d’1/2h à trouver la maison. Les coordonnées GPS n’étant pas encore inscrites, pour mon lotissement. Un des pompiers, intervenant ce soir là, avait de sa famille dans mon voisinage, ce qui lui a facilité le chemin.
Lors de l’arrivée des secours dans le lotissement, je leur criais que j’étais là. Mais je ne voulais pas partir trop loin de mon bébé. Ma voisine me conseillait de faire des signaux avec ma lumière extérieure. Oui, mais je n’ai pas d’ampoule dedans (ce qui est toujours le cas !) et que je voulais rester avec mon fils. Voyant mon état second, elle a couru au bout de la rue pour guider le camion. Cette personne quasiment inconnue m’a secouru dans mon désarroi total.

Les pompiers arrivent, deux hommes et une femme prénommée Nathalie. J’ai enfermé mes chiens dans la cuisine, pour éviter tout accident. Mon boxer est ultra nerveux.
Ils prennent les constances de crapaud. Sa température est encore descendue vers les 34°. Ses lèvres sont bleues. Sa peau est translucide. Il respire difficilement, ayant de grands spasmes de respirations saccadées.
Un pompier est au téléphone avec le SAMU. Nathalie est avec crapaud et le 3ème avec moi, me posant un milliard de questions. Je sais qu’il faut que je reste terre à terre. Si je pars mentalement, ils m’éloigneront très vite de crapaud. Self contrôle. Il le faut. Je lui ai promis de rester avec lui.
Au moment de partir, le plus gradé d’entre eux me dit de fermer la maison, de prendre mon sac etc… Que je prenne mon temps, qu’il rattraperait ce temps sur la route.
J’apprendrais plus tard que le SAMU n’est pas venu à la maison car il n’avait pas le temps. Raphaël serait certainement mort, s’il intervenait à domicile. Ses constantes vitales s’écroulant lors de la présence des secouristes. Le médecin urgentiste dira bonne chance aux pompiers, pour la route. Ces derniers auront mis 17 minutes à faire un peu moins de ¾ heure de route. Ils mettront également 2 mois pour ne plus cauchemarder sur le souvenir de Raphaël.
Je vais dans ma cuisine prendre mes affaires. Je ne prête pas attention. Les chiens sortent. Le temps que je prenne mon sac, je reviens dans le salon.
Cyrus, le boxer, est devant le sapeur pompier Nathalie. Il la lorgne et mesure la situation, le poil hirsute. N’ayant pas le temps de le commander, il s’installe sous le canapé où se trouve crapaud (un bz), le soulevant par la même occasion. Je crois qu’il a compris que son petit maître n’était pas en danger avec elle. Au contraire. Par contre, Nathalie a eu très certainement la trouille de sa vie.
Au final, j’ai oublié de fermer la porte du garage. Néanmoins, ce soir là, celui qui sans autorisation, aurait franchi l’enceinte de la maison, aurait été bouffé tout cru. Mais ce n’est que mon opinion. ;)
Sur la route vers le chu, Fio m’a téléphoné. Il sort du travail. Je lui dis de nous rejoindre. Un des pompiers joue mon jeu de la dédramatisation, lui disant de prendre son temps.
Le chauffage est mis à fond dans le camion. Je me déshabille un maximum. De violentes contractions se font ressentir. Je crois perdre Ruben. Je me tais. Je ne quitterai pas mon crapaud. Nous arrivons. Raphaël est aussitôt ausculté en salle de déchoquage. Une quinzaine de personnes s’affairent autour de lui. Un déjà vu de série B type Urgences… Des prises de sang faites dans la précipitation. Des personnes qui courent. Les machines bipent de partout. Une médecin récoltant des informations diverses sur Raphaël m’assaillent de questions. Je me fais toute petite dans la salle, pour rester avec lui. Je dois m’effacer, ils semblent m’oublier. La présence du pompier à mes côtés doit aider. Il me tient la main. Il fait un forcing discret également, pour que nous restions dans la salle. Ne tenant plus de douleurs, je demande, à la doctoresse inquisitrice, un spasfon. Je lui explique que je pense faire une fausse couche.
C’est à ce moment là, vers les 21h45, que Florent arrive. Il a arpenté tout le couloir, demandant si quelqu’un savait où trouver son fils. Il tomba des nues de voir qu’il ne restait qu’une pièce…où sortaient des gens, en courant. Il s’anéantie en lisant sur la porte : salle de déchoquage.
Il arrive dans la pièce, bouche bée. Il s’arrête devant la table où se trouve Raphaël. A son bon souvenir, son rythme cardiaque était autour des 52.
D’un seul coup, Raphaël s’assied brutalement. Regarde son père. Son visage est paralysé de tout le côté gauche. Ses yeux révulsés. Plus personne ne bouge dans la pièce. Puis il s’écroule comme un poids mort, sur la table. Raphaël part. Il avait guetté son père pour tomber définitivement dans le coma. Je suis certaine qu’il l’attendait pour mourir. Ses constantes s’écroulent encore.
C’est alors que nous nous faisons sortir, par l’équipe médicale, Fio, les pompiers et moi.
Les pompiers partent un peu à reculons. Nous saluent. Nous irons les revoir pour les remercier plus tard.
En attendant, nous sommes assis dans le couloir. Tout d’abord sur des chaises, puis à même le sol. Les allées venues du personnel médical entre la salle et le couloir sont toujours incessants. Deux petites filles jouent dans le couloir. Elles courent, sautent à cloche pied. Elles rient, parlent fort.
C’est surréaliste.
Fio s’échauffe. Il demande si les gens ne peuvent pas tenir leur gosse. Que ce n’est pas le lieu. Un peu de respect.
C’est alors que mon cerveau se retourne totalement.
Je le fais taire, en lui expliquant sèchement mon point de vue. Ces gamines sont la vie. Elles sont vivantes, elles. Il s’en prend à quelque chose que nous n’avons plus, qu’il est jaloux de la vie. Fio se tait. Rumine pensif. Admettant par son silence mes dires.
Pour ma part, je rentre dans une litanie de prières. J’implore qui veut m’entendre. Je supplie la Sainte Vierge de ne pas m’enlever mon fils et l’enfant que je porte, alors que le sien va naître dans 5 jours. Je suis dans un autre monde. Personne ne peut m’atteindre. Fio me demande de prier moins fort. Puis j’explose. Je hurle contre mon frère, en larmes. Je lui en veux. Il doit m’aider, aider son neveu. Son 2ème et dernier prénom et le sien. Mon fils s’appelle Raphaël, Eric. Comme lui, en son souvenir et lui l’abandonne. Nous abandonne.
Devant mon désarroi, ma folie, Fio pète une soupape. Il se lève d’un bond. Il chope la 1ère personne qui passe devant lui. Une femme, d’une trentaine d’années. Dans un état second, il la colle contre le mur et lui impose d’expliquer, ce dont souffre Raphaël, comment il va et tout de suite! Elle reste d’un calme olympien devant Florent.
Perso, j’aurais fait pipi dans ma culotte ! lol.
Elle lui dit brièvement que notre fils à besoin d’elle. Elle s’occupe de lui. Puis dans 10 minutes, elle revient nous renseigner.
Cette dame était le médecin réanimateur pédiatrique. C’était une des sauveurs de mon crapaud.
Elle est bien revenue nous voir. Nous exposant les faits : suspicion d’un problème cérébral. Crapaud doit passer un scanner d’urgences, une chirurgie cérébrale sera faite dans la foulée. Pronostic vital engagé.
Elle ne nous cache pas qu’ils ne savent pas si Raphaël va survivre cette nuit.

Nous nous retrouvons à attendre au scanner. J’appelle ma mère pour la prévenir. A cette époque, mes relations avec mes parents sont assez, voir très compliquées. Elle me demande si je veux qu’elle soit présente. Je lui dis de faire comme elle le souhaite. Je m’en fiche.
Fio appelle ses parents qui viennent juste d’arriver, de l’après midi même, sur leur lieu de vacances. Les marchés de Noël de Strasbourg. Ils feront la route du retour, le lendemain matin très tôt. Fio, au téléphone avec son père, éclate en sanglot. L’entendre pleurer me brise le cœur. Je pleure avec lui. S’étant un peu éloigné pour avoir du réseau, il panique de m’entendre pleurer. Quelques instants, il croit Raphaël mort.
Nous sommes dans une attente interminable.
Mes parents arrivent. Ils rencontrent d’anciens collègues dans les couloirs, à qui ils tentent de soutirer des informations.
Puis, quelqu’un vient nous chercher. Nous expliquant que Raphaël est relié à des machines au niveau du cerveau, cela peut être impressionnant. Toutefois, nous ne pourrons pas rester trop longtemps à cause des infections possibles. Raphaël vient juste d’avoir sa neurochirurgie d’urgence. Il est ultra sensibles aux contaminations en tout genre (par exemple une méningite)
Ma mère demande de venir avec nous. Nous lui refusons l’accès.

Nous arrivons dans ce que je suppose une salle de réveil du scanner. Mon crapaud est là, branché cérébralement. Des tuyaux sortent en haut du bandage qui lui entoure le crane. Telle une araignée. Ses yeux entrouverts sont toujours révulsés. Il a sa langue qui sort de sa bouche. J’ai honte mais il me fait penser à mon chien, lorsqu’il dort la tête à l’envers… Fio aura la même pensée qui lui traversera l’esprit.
Je chante à mon fils, sa chanson : Bébé d’amour d’Henri Dès. J’éclate en sanglots sans pouvoir la terminer. Je ne peux plus la chanter sans penser à cette nuit là. Je lui demande de s’accrocher.
Je lui fais une promesse.
Celle d’être près de lui pour toujours. De ne plus passer à côté de lui. S’il survit, je ne travaillerai plus autant. Nous resterons plus ensemble. Je changerai pour devenir une vraie maman. Sa maman.
Nous sommes très vite obligés de sortir. Les contacts doivent être restreints au départ.
Je préviens Florent que notre vie changera. Quitte à vendre la maison, à présent, c’est Raphaël et le bébé qui comptent. Non plus la carrière et les autres. C’est notre famille, le plus important. Fio approuve.

Le temps que Raphaël soit en surveillance postopératoire et monte en réanimation pédiatrique, nous partons aux urgences gynécologiques. Je suis prise en consultation aussitôt, passant devant tout le monde. Nous arrivons en larmes Florent et moi. Je suis certaine que le bébé est mort.
Ruben se bat. Les contractions cessent durant l’échographie pelvienne. Comme s’il avait ressenti que je m’occupais de lui. Une conscience de son importance pour notre famille. De sa place.
Je n’ai quasiment pas regardé l’écran. La peur qu’elle me dise qu’il se soit décroché.
Elle me fait, elle-même, la prise de sang. Elle me dit de revenir dans 2 jours, pour un contrôle de mon taux. Elle a passé du temps avec nous, pour chercher ce petit embryon, dans mon utérus rétro versé. Laissant de côté les accouchements en cours.
J’avouerai que quelques jours plus tard, j’ai tenté un deal avec La Vierge Marie… Je lui ai dit de prendre de prendre le bébé contre Raphaël. Mais au moment même où je lui ai dit ça, je me suis fâchée. Non ! Je ne voulais pas choisir ! Je les voulais tous les deux ! Je n’avais pas de négociations à faire. Je devais tout de suite cesser ce processus psy de deuil. Mon choix était les deux.
Un an plus tard, ils sont ensemble.

On peut se dire que je suis très croyante. Dans ce genre de situation, soit, on tourne le dos à la religion. Soit on s’y accroche. Pour ma part, elle m’a aidé et m’aide encore.
Ce soir là, tout s’est combiné pour accomplir un miracle. Il y avait quelqu’un près de Raphaël.
C’est mon sentiment le plus profond. Quelqu’un lui a donné les pouvoirs du Phoenix.
Raphaël signifie : Dieu a guéri.
Pour moi, il était là.

Après l’auscultation, nous sommes remontés en réanimation pédiatrique. Le médecin, bousculé par Florent dans les urgences, nous a expliqué que Raphaël avait une tumeur grosse comme une balle, dans le cerveau. Elle bloquait le passage du liquide céphalo-rachidien, compressant son cerveau, d’où la chirurgie d’urgence. Voilà pourquoi Raphaël était tombé dans le coma. Ils sont surpris qu’il n’ait eu aucun symptôme, dû à cette tumeur. Cela est un fait rarissime.
Elle nous explique que crapaud sera opéré demain dans la matinée, après un passage en IRM. Ils vont tenter une exérèse totale de la tumeur. Ce que le neurochirurgien n’arrivera pas à faire.
Elle nous conseille vivement de rentrer à la maison. La journée du lendemain sera très longue, il faut préserver le bébé que je porte.
Elle nous prévient que Raphaël vit peut être ses derniers instants. Elle nous autorise à aller le voir dans sa chambre. Lui dire au revoir. Je lui caresse sa petite main. Elle est sale. Tellement obnubilée par mon petit confort, que je ne lui ai même pas lavé ses menottes.
Mais qui suis-je ? Quel être suis-je devenue ?
Je dis un au revoir à mon crapaud qui à un arrière goût d’Adieu. Je le supplie de se battre. Je lui réitère ma promesse.

Il est 4 heures du matin quand nous rentrons à la maison. Nous devons être à 7h30 à l’hôpital.
Je hurle de chagrin durant la nuit. Certaines images me hantent et me hanteront pendant des mois. Maintenant, les insomnies se font plus rares.
Fio et moi avons beaucoup appréhendé le coup de téléphone nocturne, annonçant le décès de notre crapaud.
Le lendemain matin, je déballe mes cadeaux d’anniversaire seule. Ironique, je m’auto-souhaite un joyeux anniversaire. Au moins, j’ai des bottes neuves…
Arrivés au chu, nous croisons sur le parking, le médecin gynéco, qui me hurle de sa voiture, que le taux d’hcg correspond.
Arrivé en réa, Raphaël s’est battu. Son opération est programmée sur le temps de midi.
Il y survit.
Son pronostique vital n’est alors plus engagé.
D’autres batailles sont à menées à présent.
Il doit d’abord se réveiller de son coma, ce qu’il fera le 23/12. Ses 1ers mots seront « je t’aime maman ». Puis, toujours avec la même idée en tête : « il est où papa ? ».

Malgré le mot tumeur, il y a certaines spécialités médicales, que l’on ne comprend pas devoir rencontrer. On ne veut pas.
Oncologue. Non … J’ai dû mal comprendre. Endocrino, ça doit être ça la profession de la dame.
Le cerveau empêche de voir certaines réalités. Il se protège. Il m’a fallu deux RDV avec neurochirurgien, médecins réanimateur et oncologues, pour bien me mettre cela en tête. Pourtant, je le savais que mon bébé avait un cancer…

Nous reviendrons à la maison, tous les 3, le 30 décembre au soir.
Je ne parlerai quasiment plus à personne, durant environ un mois. Seulement, Raphaël me décrochera des mots, sans difficultés. Pour sa part, Fio lui sera en diarrhée verbale, durant mon épisode silencieux. Cela comblera les vides ! ;)

Depuis sa naissance, mon 6ème sens de maman savait qu’il allait se passer quelque chose.
On y croit ou non.
Par exemple : quand je revenais tard du travail, crapaud endormi, je le prenais dans mes bras pour le renifler. Fio me demandait de cesser. J’allais le réveiller. Je lui répondais toujours, que ce n’était pas à 18 ans, que je pourrai lui faire.
Ou encore, je ne prenais jamais le temps de vivre, pour lui. Nous devions toujours tout faire dans la précipitation.
Inconsciemment, j’ai sûrement évité de connaître mon fils, à cause de cela. J’ai perdu 3 ans de bonheur avec lui.

J’ai failli louper Raphaël. Par peur, carriérisme et égoïsme.
C’est ça la fin de mon monde.


Message déposé le 20.12.2012 à 02:24 - Commentaires (27)


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