Je reprends cette série que j'avais débutée dans une vie antérieure, c'est à dire avant mon accouchement. Comme je n'aime pas les oeuvres inachevées, je m'en vais donc terminer ce que j'ai commencé.
LE MENAGE DES IDEES RECUES
Avant d'être enceinte, j'avais des idées bien arrêtées par rapport à la maternité. Déjà , le désir d'enfant est survenu très tard, seulement lorsque j'ai rencontré Andrea. J'avais déjà 35 ans, autant dire que la DLC n'était pas loin ! Je me sentais alors plus proche du féminisme d'Elisabeth Badinter, devenir mère si l'on veut, mais rester femme avant tout, que des adeptes du maternage intensif, mères à tout prix, mères avant tout.
Par exemple, je m'étais convaincue que si un jour j'enfantais, jamais je n'allaiterais. Avec le recul, j'en faisais presque du militantisme. Je percevais l'allaitement comme un d'asservissement. Je craignais qu'il ne créé un lien mère-enfant trop fusionnel duquel le père se sentirait exclu. Je refusais que mes seins se transforment en gants de toilette et que cela pâtisse à ma féminité.
J'avais déjà fait part à mon homme de ce refus de me transformer en « vache à lait » - désolée pour les termes mais ils sont à la hauteur de mes convictions de l'époque. Il l'avait entendu, même s'il n'approuvait pas forcément. Mais mon homme est un sage qui sait que rien n'est gravé dans le marbre et que j'ai la capacité à me remettre en question.
Autre exemple : j'avais du mal à comprendre ce besoin viscéral et primitif qu'avaient certaines mamans de sentir leur bébé contre elle et de le trimballer partout en écharpe.
Bref, du jour où j'ai su que j'étais enceinte, j'ignore si c'est sous l'effet des hormones ou pas, mais j'ai réalisé très rapidement que j'avais tout faux et que de toute façon, tant qu'on ne vit pas la grossesse, il est impossible de faire le moindre pronostic ou de porter le moindre jugement. J'ai petit à petit revu ma position sur l'allaitement. Pas du jour au lendemain, non. Je me suis documentée, tout de même. A trois mois de grossesse, j'ai avoué à Andrea que finalement, je tenterais bien l'aventure de l'allaitement, histoire d'offrir à mon bébé ce que j'estimais alors être le meilleur pour lui, puisque dès l'appropriation du statut de « femme enceinte », il s'est agi de faire passer l'intérêt de l'enfant avant le mien. J'ai vu dans le magnifique sourire de mon homme combien il était ravi de ce revirement.
Malheureusement j'ai dû couper court à l'allaitement deux semaines après l'accouchement, du fait de mes problèmes de santé post partum. Et contre toute attente, la décision de ne plus allaiter a été l'une des plus difficiles à prendre de toute ma vie. J'ai énormément culpabilisé, mais elle était nécessaire. Pourtant, comme ma petite était hospitalisée, cet allaitement était compliqué puisque quasiment limité à un tête à tête avec un tire-lait. Je n'oublierai jamais cette immense vague de bonheur qui m'a envahie ces quelques fois où j'ai pu nourrir ma fille au sein, qui ont contribué à me faire me sentir « maman ».
Quant au port en écharpe, là aussi je vais bientôt faire partie de ses adeptes puisque j'en récupère une cet après-midi.
LA PATATE
En dehors des deuxième et troisième mois qui ont été rythmés par les nausées et une fatigue intense, j'ai rarement été aussi en forme(s) qu'enceinte.
Deux semaines après le début de la grossesse, avant même de savoir si la graine était nichée ou pas, j'ai fait une surprise à Andrea pour son anniversaire et nous avons passé un long week-end à Londres. Moi qui avant la grossesse étais de nature migraineuse, qui avais des problèmes récurrents de dos et qui déteste la foule, j'ai enquillé sans une seule douleur les trajets en train, en métro, les balades, les restos... sans ressentir le moindre malaise. La patate, je vous dis !
Ensuite, au début du deuxième trimestre, les nausées et la fatigue ont disparu presque du jour au lendemain et là aussi, je me suis sentie particulièrement dynamique et en pleine santé. J'aurais pu abattre des montagnes. Dommage que l'arrêt dès le début du 6ème mois m'ait coupée dans cet élan.
PARCE QUE JE LE VAUX BIEN
Bon sang, ce que j'ai aimé mes cheveux, ma peau et mes ongles durant cette période bénie – pas pour ma coiffeuse ni ma manucure. Les cheveux filasses et ternes se sont transformés en une crinière brillante facilement domptable. Les ongles ne se cassaient plus pour un rien et pour ce qui concerne la peau, pas l'ombre d'un bouton durant ces sept mois et alors quel teint !
Alors évidemment, après l'accouchement, c'est le drame...
LES AUTRES
Il faut bien le dire, dans l'ensemble, la grossesse suscite la bienveillance de l'entourage et même d'inconnus.
Parfois ça en devient gonflant et pas glop – j'y viendrai dans un prochain post. Mais tout de même, c'est agréable quand un collègue de bureau vous porte votre ordi jusqu'à la salle de réunion (bon, ce n'est arrivé qu'une fois mais j'ai savouré), quand un gentil monsieur vous laisse passer devant à la caisse du supermarché (là encore ce n'est pas systématique mais justement, quand c'est le moment, il faut l'apprécier à sa juste valeur, même si cela devrait relever de la normalité). Tout le monde vient aux nouvelles, les regards sont emplis de sympathie et d'une joie parfois à la limite du cucul la praline (« coucou » la praline comme dit mon homme avec son charmant accent italien).
Profitez-en ! Vous avez le droit de vous faire chouchouter, servir, d'être un peu capricieuse (ce n'est de notre faute, ce sont ces incontrôlables hormones !)...
… car une fois le divin enfant né, vous pouvez vous brosser pour que l'attention se porte sur vous ;-)
